Acteurs sur scène explorant différents styles d'interprétation dramatique.

Des questions de style en interprétation dramatique

Analyse esthétique des registres pour l'interprétation dramatique.

Édition 2026 – Réforme LMD – Enseignement supérieur et universitaire en RDC.

  • Code Officiel : DSI2231
  • Domaine : Domaine de Lettres, Langues et Arts
  • Filière : Arts Dramatiques
  • Mention : Interprétation Dramatique
  • Année d’étude : Master 2
  • Semestre : Semestre 3
Consulter les Modalités, Compétences et Débouchés

Conçue comme un bloc d’apprentissage intensif et intégré, cette unité d’enseignement, valorisée à hauteur de 3 crédits ECTS, se distingue par son architecture pédagogique monolithique. L’absence délibérée d’éléments constitutifs distincts vise à promouvoir une immersion totale et une synergie constante entre les savoirs théoriques et pratiques, garantissant ainsi une progression cohérente et une maîtrise approfondie des fondamentaux de l’interprétation sans dispersion des efforts.

L’ambition de ce module est de sculpter des artistes dotés d’une remarquable polyvalence stylistique, capables de naviguer avec aisance entre les différents registres de jeu. Les étudiants développeront une compétence aiguisée pour analyser de façon comparative les styles d’interprétation, leur conférant la flexibilité nécessaire pour adapter leur performance aux visions artistiques les plus variées. Cette agilité sera enrichie par une incitation constante à expérimenter des approches novatrices, transformant la construction de personnage en un véritable laboratoire de création dramatique personnelle et audacieuse.

Cette formation ouvre la voie à des carrières d’acteur-comédien, de professionnel de théâtre et de cinéma, ou encore de directeur artistique d’interprétation. Sur le marché de l’emploi en République Démocratique du Congo, en pleine effervescence créative, ces profils sont d’une importance capitale. Ils sont les futurs piliers d’une industrie culturelle en structuration, appelés à porter des récits authentiques et à professionnaliser les secteurs du spectacle vivant et de l’audiovisuel, jouant ainsi un rôle crucial dans le rayonnement culturel et le développement économique du pays.

SOMMAIRE NAVIGABLE

PRÉLIMINAIRES

I. Problématique et Justification Socio-économique

La professionnalisation du secteur des arts de la scène en RDC exige des acteurs capables de naviguer avec une égale maîtrise entre les standards internationaux et les esthétiques locales. Cette Unité d’Enseignement répond à ce besoin économique pressant. Elle structure une expertise rare : celle de l’acteur-créateur dont la palette stylistique est un capital monnayable. L’objectif est de former des praticiens aptes à intégrer les productions nationales et internationales, valorisant ainsi le patrimoine immatériel congolais tout en assurant leur viabilité économique.

II. Cadre Ontologique et Approche Pédagogique

La démarche de ce cours repose sur une ontologie de l’acteur comme synthétiseur stylistique. L’approche pédagogique est celle du laboratoire : une confrontation systématique entre la théorie (archéologie des styles), la déconstruction (analyse critique des registres) et la pratique intensive (ateliers de recomposition). Chaque concept est immédiatement testé sur le plateau. L’étudiant ne se contente pas d’imiter un style ; il en dissèque la mécanique interne pour se l’approprier et le réinventer, forgeant ainsi sa propre signature artistique et technique.

III. Compétences Visées et Grille d’Évaluation

Au terme de cette UE, l’étudiant maîtrisera trois compétences fondamentales : l’analyse comparative des grammaires corporelles et vocales, l’adaptation technique de sa performance à un cahier des charges stylistique précis, et la conception de personnages hybrides. L’évaluation est pragmatique et continue. Elle se fonde sur la présentation d’une “partition stylistique” (30%), la performance lors d’un atelier dirigé (40%), et la création d’une courte forme scénique personnelle appliquant un style imposé (30%).

PARTIE 1 : FONDATIONS STYLISTIQUES ET DÉCONSTRUCTION DES REGISTRES

Chapitre I. Archéologie du Geste : Du Théâtre Nô au M’teka

La codification du geste, initiée par des maîtres comme Zeami Motokiyo pour le Nô japonais, offre une grille de lecture universelle pour l’économie du mouvement. Ce chapitre analyse cette grammaire minimaliste pour la mettre en tension avec la richesse symbolique des danses royales Kuba, notamment le M’teka. L’étude se veut strictement comparative et fonctionnelle. L’acteur y forgera une compétence cruciale : construire une partition corporelle lisible et puissante, capable de transmettre une narration complexe avec une précision chirurgicale.

I.1 L’économie codifiée du Nô et du Kyogen

D’origine japonaise, la philosophie du Nô impose une contrainte corporelle extrême pour atteindre une puissance expressive maximale. Ce module dissèque les fondamentaux : le kamae (posture de base), le suriashi (marche glissée) et la typologie des masques comme générateurs de jeu. L’analyse technique de ces éléments vise à extraire des principes universels de concentration énergétique et de lisibilité du mouvement. L’étudiant apprendra à sculpter sa présence scénique, en maîtrisant l’art de la lenteur et de la suspension gestuelle.

I.2 La grammaire symbolique du M’teka Kuba

Face à la folklorisation réductrice, une analyse sémiologique rigoureuse des danses de la cour Kuba s’impose. Le M’teka n’est pas une simple danse, mais un récit codé du pouvoir, de la genèse et de la structure sociale, incarné par le Nyim. Ce sous-chapitre décode la syntaxe gestuelle : la signification des parures, la fonction des rythmes et la valeur symbolique de chaque mouvement. L’acteur y puisera un vocabulaire corporel spécifiquement congolais, riche et dramaturgiquement pertinent.

I.3 Biomécanique comparée et transfert de principes

Sous l’angle de la biomécanique, la tension musculaire du Nô et la fluidité segmentée du M’teka révèlent des logiques motrices opposées mais complémentaires. Cette section organise une confrontation directe de ces deux systèmes, non pour les opposer, mais pour en extraire des principes transférables. Comment la gestion du centre de gravité dans le suriashi peut-elle enrichir la posture d’un dignitaire Kuba ? L’étudiant développera une intelligence kinesthésique lui permettant de fusionner des techniques corporelles d’origines diverses.

I.4 Atelier : Création d’une séquence gestuelle hybride

Une connaissance approfondie des dynamiques stylistiques culmine dans leur application créative. Cet atelier pratique impose la création d’une séquence narrative de deux minutes, sans parole, fusionnant au moins un principe du Nô et un élément du M’teka. L’évaluation portera sur la cohérence dramaturgique de l’hybridation et la précision technique de l’exécution. L’acteur devra justifier ses choix esthétiques, prouvant sa capacité à passer de l’analyse à la synthèse et à produire une forme artistique personnelle et originale.

Chapitre II. La Voix comme Matériau : Prosodie, Registre et Texture Sonore

La controverse historique entre l’approche psychophysiologique d’Alfred Wolfsohn et la technique libératrice de Kristin Linklater structure encore aujourd’hui le travail vocal de l’acteur. Ce chapitre tranche le débat en l’ancrant dans les réalités sonores congolaises. Comment sculpter la matière vocale pour servir un texte classique français ou une joute verbale en lingala ? L’objectif est technique. L’étudiant forgera une compétence d’une valeur inestimable : moduler sa voix en toute conscience, du timbre à la prosodie, pour caractériser un personnage.

II.1 Les piliers physiologiques : Respiration, Résonance, Phonation

Une maîtrise vocale durable repose sur une compréhension intime de son appareil phonatoire. Ce module expose les fondements anatomiques et physiologiques de la production vocale, en comparant les approches de Linklater (libération des tensions) et de Roy Hart (exploration des registres extrêmes). Des exercices pratiques ciblés permettront à l’étudiant de diagnostiquer ses propres blocages et d’élargir sa tessiture. Il acquerra une autonomie technique pour l’échauffement, l’entretien et la protection de son instrument vocal.

II.2 Sociolinguistique de la “Voix de Kinshasa”

Ancrée dans la sociolinguistique urbaine, l’étude de la “voix de Kinshasa” révèle un matériau dramaturgique d’une richesse exceptionnelle. Ce sous-chapitre analyse les marqueurs prosodiques, les inflexions tonales et les textures vocales spécifiques à l’oralité kinoise, du parler des “shégués” à l’emphase des pasteurs. L’acteur apprendra à observer, décoder et intégrer ces modèles dans son jeu, non par imitation, mais par une compréhension structurelle de leur fonction sociale et expressive.

II.3 Le personnage radiophonique : Économie et précision

Exploitant le potentiel économique du théâtre radiophonique et du doublage, ce segment se concentre sur la création de personnages par la seule voix. Comment suggérer un âge, un statut social ou un état émotionnel sans le support du corps ? À travers des exercices de lecture à vue et de jeu en conditions de studio, l’étudiant développera une précision micro-mélodique. Il apprendra à maîtriser le placement du micro, le débit et les silences pour créer un imaginaire puissant chez l’auditeur.

II.4 Métrique et Rythmique : Du Molière au Maboke

Par une analyse prosodique rigoureuse, ce module met en collision la musicalité contrainte de l’alexandrin classique et le rythme syncopé du théâtre populaire congolais (Maboke). L’enjeu est de dépasser la simple diction pour atteindre le “souffle” du texte. L’acteur apprendra à identifier la structure rythmique d’une phrase, qu’elle soit versifiée ou en prose, pour en faire le moteur de son interprétation. Il sera capable de rendre justice à la musicalité de n’importe quel texte.

Chapitre III. Le Réalisme Psychologique et ses Limites : De Stanislavski à la Scène Kinoise

Le système Stanislavski, formalisé au début du XXe siècle, a imposé une hégémonie du réalisme psychologique qui mérite d’être questionnée. Ce chapitre confronte cette méthode à ses propres limites, notamment son inadéquation face à des formes théâtrales non-occidentales. L’étude critique de la “mémoire affective” est mise en perspective avec les techniques de jeu du théâtre populaire kinois. L’étudiant y forgera une compétence analytique : choisir ou rejeter un outil psychologique en fonction du projet stylistique.

III.1 Le “Système” Stanislavski : Unités, Objectifs et Mémoire affective

Fondé sur une quête de la “vérité” scénique, le système Stanislavski fournit une boîte à outils psychotechnique précise. Ce sous-chapitre en dissèque les concepts cardinaux : la décomposition d’un rôle en unités et objectifs, le travail sur les “circonstances données” et l’utilisation controversée de la mémoire affective. L’étudiant apprendra à construire la ligne de vie intérieure d’un personnage de manière structurée, en appliquant une méthodologie qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle.

III.2 Critique postcoloniale de l’intériorité stanislavskienne

La postcolonie, concept forgé par Achille Mbembe, offre un levier critique pour évaluer l’universalisme du réalisme psychologique. L’injonction à puiser dans une mémoire affective personnelle peut s’avérer problématique, voire violente, dans des contextes où le “moi” est défini différemment. Ce segment analyse comment l’expressivité dans de nombreuses cultures africaines est moins psychologique que sociale et relationnelle. L’acteur apprendra à décentrer son approche pour incarner des visions du monde non-occidentales.

III.3 Le “Jeu Vrai” du théâtre populaire kinois

Distinct du réalisme psychologique occidental, le “jeu vrai” du théâtre populaire kinois repose sur une convention tacite avec le public et une énergie communicative directe. Ce module analyse des extraits de pièces du groupe “Salongo” ou de troupes contemporaines pour en coder les ressorts : l’adresse au public, l’improvisation codifiée, et la typification des personnages comme archétypes sociaux. L’étudiant identifiera une autre forme de vérité scénique, ancrée dans l’efficacité et la reconnaissance collective.

III.4 Atelier : Scénario de personnage à double protocole

Fusionnant l’introspection stanislavskienne et l’observation sociologique, cet atelier final impose un défi technique. L’étudiant doit préparer une même scène en utilisant deux protocoles distincts : une approche strictement internalisée (Stanislavski) et une approche externalisée inspirée du jeu kinois. La comparaison des deux rendus permettra de mesurer concrètement l’impact du choix stylistique sur la perception du personnage. L’acteur démontrera sa flexibilité et son intelligence stratégique dans la construction d’un rôle.

PARTIE 2 : RUPTURES ET HYBRIDATIONS STYLISTIQUES

Chapitre IV. Le Style Postdramatique et la Déconstruction du Personnage

Le concept de théâtre postdramatique, forgé par Hans-Thies Lehmann à la fin des années 90, acte la fin de la suprématie du texte et du drame. Ici, la théorie cède la place à l’expérimentation scénique brute où la performance prime sur la représentation. Le cours applique cette grille de lecture aux scènes alternatives de Kinshasa, analysant comment les collectifs d’artistes utilisent la performance pour commenter l’urgence sociale. L’objectif est d’outiller l’acteur pour qu’il devienne un créateur de situations scéniques, capable de générer du sens sans le support d’une fable traditionnelle.

IV.1 Les fondements théoriques du théâtre postdramatique

Conceptualisé par Hans-Thies Lehmann, le théâtre postdramatique déplace le centre de gravité de la scène du texte vers la performance, le corps et l’image. Cette section dissèque les piliers de cette pensée : la fragmentation du récit, la co-présence des médiums et la relation frontale avec le spectateur. L’étudiant apprendra à identifier et analyser ces marqueurs dans des œuvres contemporaines, notamment celles qui interrogent l’identité congolaise post-conflit, pour en extraire des outils de création concrets et immédiatement applicables.

IV.2 Le corps-archive : quand l’acteur devient la matière première

Au-delà de la psychologie du personnage, l’acteur postdramatique engage son corps comme une surface d’inscription, un matériau brut qui porte les stigmates du réel. Ce sous-chapitre explore les techniques de performance qui privilégient l’état de présence, l’épuisement physique et l’action concrète sur la fictionnalisation. En s’inspirant des pratiques de performeurs kinois, l’apprenant développera une endurance et une disponibilité corporelle extrêmes, transformant son corps en un puissant vecteur de discours politique et social, sans le filtre de la narration classique.

IV.3 L’intégration des médias et la scénographie de la fragmentation

Face à l’omniprésence du numérique, le théâtre postdramatique intègre la vidéo, le son et les projections non comme de simples décors, mais comme des partenaires de jeu actifs. Ce module analyse techniquement comment ces dispositifs fragmentent la perception et créent une polyphonie sensorielle, en étudiant des exemples précis de la scène artistique de Lubumbashi. L’acteur-créateur forgera la compétence de dialoguer avec la technologie sur scène, de construire sa performance en tension ou en harmonie avec les médias pour démultiplier les niveaux de lecture.

IV.4 Atelier pratique : de l’archive à la scène

Une maîtrise concrète des principes postdramatiques exige une mise en pratique radicale. Cet atelier impose aux étudiants de créer une forme scénique courte non pas à partir d’une pièce, mais d’un matériau brut : archives sonores de la RTNC, coupures de presse du journal Le Potentiel, ou photographies vernaculaires. L’exercice vise à développer une méthodologie de création autonome. L’acteur apprendra à structurer une performance signifiante à partir du réel, prouvant sa capacité à être un auteur scénique complet.

Chapitre V. L’Interprétation dans le Théâtre de l’Absurde et le Grotesque

La critique des limites de la logique humaine est au cœur du théâtre de l’absurde, tel que théorisé par Martin Esslin après la Seconde Guerre mondiale. Ce chapitre tranche le débat sur la manière de jouer l’absurde : il ne s’agit pas de jouer le non-sens, mais de construire une logique interne implacable face à un monde qui n’en a plus. En appliquant cette approche aux textes de Sony Labou Tansi, qui utilise le grotesque pour fustiger le pouvoir, l’étudiant forgera une compétence rare. Il saura incarner la tragédie existentielle avec une précision comique et déstabilisante.

V.1 Aux sources philosophiques et dramaturgiques de l’Absurde

Ancré dans l’existentialisme d’après-guerre, le théâtre de l’absurde traduit sur scène le sentiment de déréliction de la condition humaine. Ce segment remonte aux écrits de Camus et à la codification par Esslin pour établir les caractéristiques fondamentales du genre : circularité du temps, déliquescence du langage et actions dénuées de causalité psychologique. L’étudiant acquerra un cadre analytique rigoureux pour déchiffrer les partitions de Beckett ou Ionesco et en identifier le potentiel subversif dans le contexte sociopolitique congolais.

V.2 La partition vocale et rythmique : jouer le silence, sculpter le vide

Sous l’angle de la précision musicale, la diction dans le théâtre de l’absurde devient une arme. Ce sous-chapitre se concentre sur l’analyse et la pratique des silences de Pinter, des répétitions obsessionnelles de Beckett et des logorrhées mécaniques d’Ionesco. L’acteur apprendra à traiter le dialogue comme une partition de musique concrète, où le rythme et la pause créent plus de sens que les mots eux-mêmes. Cette compétence est cruciale pour maîtriser le sous-texte et la tension dramatique.

V.3 Le corps grotesque comme outil de satire sociale

Une connaissance approfondie des dynamiques du grotesque permet à l’acteur de dépasser la simple caricature pour atteindre une critique sociale acérée. Ce module explore la déformation physique, la démarche claudicante et la gestuelle désarticulée comme des traductions corporelles d’une faillite morale ou politique. En s’appuyant sur les figures du pouvoir dans le théâtre congolais, l’étudiant apprendra à construire un corps expressif et monstrueux. Il saura ainsi incarner la folie d’un système par la seule physicalité.

V.4 Étude de cas : transposer “La Leçon” d’Ionesco à Kinshasa

Face au défi de l’appropriation culturelle, cet atelier propose une transposition concrète de “La Leçon” dans le contexte d’une relation de pouvoir spécifique à la société kinoise. Les étudiants devront réinventer les enjeux de domination et de manipulation verbale en intégrant des expressions et des dynamiques sociales locales. L’objectif est de prouver la capacité de l’acteur à s’emparer d’un classique universel pour en faire un miroir pertinent et percutant des tensions de son propre environnement.

Chapitre VI. Syncrétisme Stylistique : Fusion des Traditions Orales et des Techniques Occidentales

Sous la pression des canons esthétiques occidentaux, la richesse des formes performatives congolaises est souvent sous-exploitée. La méthode Stanislavski, par exemple, atteint ses limites face à la figure du griot ou à l’incarnation d’un esprit de la cosmogonie Kongo. Ce chapitre corrige cette lacune en proposant une méthodologie de fusion. Nous analysons la structure de la performance orale pour en extraire des techniques applicables. L’ingénieur de la scène saura ainsi créer des styles de jeu hybrides, authentiquement congolais et de portée universelle.

VI.1 L’acteur-conteur : analyse structurelle de la performance du griot

D’origine ancestrale, la figure du conteur ou du griot est celle d’un performeur total, maîtrisant simultanément le jeu, le chant, la danse et l’interpellation du public. Ce module décompose sa performance non comme un objet folklorique, mais comme un système dramaturgique complexe. En étudiant les techniques de narration, de gestion de l’auditoire et de transition stylistique, l’étudiant extraira un répertoire de compétences pour enrichir son jeu et développer une présence scénique magnétique, capable de captiver un public moderne.

VI.2 Incarner l’archétype : au-delà du réalisme psychologique

Face aux figures mythologiques ou aux ancêtres du panthéon Kongo, Luba ou Mongo, le réalisme psychologique est un outil inadéquat, voire réducteur. Ce sous-chapitre propose des techniques issues du théâtre Nô ou du Kathakali, adaptées pour permettre à l’acteur d’incarner des archétypes et des forces surnaturelles. L’enjeu est de construire un corps symbolique et codifié. L’acteur apprendra à exprimer la majesté, la ruse ou la puissance divine par une gestuelle précise et non par une émotion internalisée.

VI.3 Atelier de fusion : le Mvett Fang rencontre le “viewpoint” d’Anne Bogart

Une dynamique de création innovante naît de la confrontation de traditions éloignées. Cet atelier pratique met en tension la tradition épique du Mvett, avec ses récits de guerriers immortels, et la méthode des “Viewpoints” qui décompose la performance en éléments de temps et d’espace. Les étudiants exploreront comment la physicalité et la narration du Mvett peuvent être structurées et modernisées par les outils de Bogart. Ils forgeront une capacité à synthétiser des esthétiques pour produire un langage scénique original.

VI.4 Projet final : création d’un personnage syncrétique

Pour une validation pragmatique des acquis, chaque étudiant devra créer et présenter un personnage qui fusionne une figure de la dramaturgie occidentale (ex: Antigone, Macbeth) avec un archétype issu d’une tradition orale congolaise. Le travail ne sera pas jugé sur sa fidélité aux sources, mais sur la cohérence et la puissance du nouvel être scénique produit. Cette épreuve finale sanctionne la capacité de l’acteur à devenir un véritable créateur de formes, ancré dans sa culture et ouvert au monde.

ANNEXES

A. Grille d’Analyse Stylistique du Personnage

Formaliser l’analyse du personnage est l’antidote à l’interprétation purement intuitive. Cette grille technique impose une déconstruction méthodique du rôle en trois axes : psychologique, corporel et vocal, chacun subdivisé en paramètres mesurables comme le rythme de parole ou l’amplitude gestuelle. En appliquant cette matrice aux figures du théâtre congolais, de Sony Labou Tansi à des créations plus récentes, l’acteur forge une capacité chirurgicale. Il apprend à diagnostiquer précisément les composantes d’un style pour le reproduire ou le réinventer consciemment.

B. Corpus de Monologues (Dramaturgie Congolaise et Africaine)

La dramaturgie de Fiston Mwanza Mujila, avec sa langue heurtée et poétique, constitue un défi stylistique majeur pour l’acteur contemporain. Ce recueil est un terrain d’entraînement technique, confrontant l’étudiant à des registres variés, de la satire politique à la tragédie intime, propres au théâtre congolais et panafricain. En travaillant ces monologues, l’interprète développe une plasticité vocale et émotionnelle indispensable. Il acquiert la maîtrise des ruptures de ton et des rythmiques spécifiques à ces écritures exigeantes.

C. Vade-mecum de la Préparation Corporelle et Vocale

Une préparation ciblée précède toute performance de haute volée. Ce vade-mecum rejette les routines génériques pour proposer des protocoles d’échauffement physique et vocal spécifiquement calibrés pour des registres distincts : naturalisme, grotesque, théâtre épique. Ancrés dans les réalités énergétiques du théâtre de rue kinois ou de la performance dansée, ces exercices visent une efficacité maximale. L’acteur apprend ainsi à construire un rituel préparatoire sur mesure, lui permettant de mobiliser instantanément l’état corporel et vocal exigé par le style de la pièce.

D. Glossaire Bilingue des Termes Techniques (FR-EN)

La globalisation du marché des arts vivants impose une maîtrise terminologique bilingue. Ce glossaire technique français-anglais est un outil de compétitivité directe, traduisant des concepts clés comme “quatrième mur” (fourth wall) ou “mise en abyme” (play within a play). Il vise à équiper l’acteur congolais pour naviguer avec aisance dans les auditions internationales et les collaborations avec des metteurs en scène étrangers. La compétence forgée est stratégique : une fluidité professionnelle qui élimine la barrière linguistique dans l’espace de création.

Dialectiques de la Performance : Ontologie du Geste Scénique dans le Théâtre Européen Contemporain
Comment la biomécanique de Meyerhold subvertit-elle la psychologie stanislavskienne dans la formation de l’acteur européen moderne ?
La biomécanique de Meyerhold oppose une physicalité externalisée à l’intériorité du ‘vécu’ stanislavskien. L’acteur devient un constructeur de signes, son corps un outil précis pour générer des affects sans recours psychologique préalable. Le paradoxe réside dans l’émergence d’une émotion authentique perçue par le public, issue d’une partition gestuelle quasi-mathématique. Cette approche influence directement les techniques de performance capture dans l’industrie du jeu vidéo, où le mouvement physique de l’acteur est la donnée brute qui précède toute incarnation numérique.

📚 Source :Travaux de Vsevolod Meyerhold sur la Biomécanique via Google Scholar

En quoi le concept de ‘théâtre pauvre’ de Grotowski redéfinit-il la relation essentielle entre l’acteur et le spectateur ?
Le ‘théâtre pauvre’ de Grotowski élimine tout artifice scénique pour se concentrer sur la co-présence brute acteur-spectateur. L’acteur, par un entraînement psycho-physique extrême, se dépouille pour atteindre un acte de ‘translumination’. La critique historique pointe la difficulté de maintenir cette ascèse en dehors du cadre quasi-monastique de son Théâtre-Laboratoire. Son héritage perdure dans les pratiques de théâtre immersif et les laboratoires de recherche en performance, où l’authenticité de la rencontre prime sur le spectacle, influençant la conception d’expériences engageantes.

📚 Source :Travaux de Jerzy Grotowski sur le Théâtre Pauvre via Cairn.info

Quelle est l’incidence du ‘corps sans organes’ d’Artaud sur les pratiques performatives postdramatiques et leur réception critique ?
Le ‘corps sans organes’ d’Artaud, théorisé dans Le Théâtre et son Double, vise à libérer le corps de ses automatismes organiques et sociaux. Cette désorganisation pulsionnelle est un acte de résistance contre la représentation mimétique. Le paradoxe est que sa mise en pratique radicale mène souvent à une incommunicabilité perçue, un échec de la transmission sémantique. Cette radicalité irrigue pourtant la danse-théâtre de Pina Bausch et les performances de Romeo Castellucci, forçant une réception viscérale et non plus intellectuelle.

📚 Source :Travaux de Antonin Artaud sur le Corps sans organes via JSTOR


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