
Audition et analyse des musiques traditionnelles
Décryptage ethnomusicologique des répertoires sonores africains traditionnels.
Édition 2026 – Réforme LMD – Enseignement supérieur et universitaire en RDC.
- Code Officiel : AMT2231
- Domaine : Domaine de Lettres, Langues et Arts
- Filière : Arts du Spectacle
- Mention : Lettres et Musicologie Africaine
- Année d’étude : Master 2
- Semestre : Semestre 3
Consulter les Modalités, Compétences et Débouchés
Cette unité d’enseignement fondamentale, valorisée à hauteur de 3 crédits ECTS, est entièrement articulée autour d’un unique et dense élément constitutif : l’Audition et analyse des musiques traditionnelles. Cette architecture monobloc est pensée pour une immersion totale, permettant aux étudiants de se consacrer pleinement à la maîtrise des structures, des timbres et des contextes socioculturels des répertoires musicaux, formant ainsi un socle de connaissances spécialisées et directement applicables.
L’enjeu de cette UE dépasse la simple érudition musicologique pour viser une compétence stratégique : savoir déterminer les conditions de réussite d’un spectacle ou d’un événement solennel. En analysant en profondeur les dynamiques des musiques traditionnelles, les étudiants apprennent à décoder les attentes d’un public, à orchestrer une dramaturgie captivante et à gérer les paramètres techniques et humains qui transforment une performance en une expérience immersive et mémorable. Il s’agit de développer une véritable ingénierie de l’émotion collective.
Ce cursus ouvre la voie à des métiers pivots pour le dynamisme culturel et économique en RDC. Il forme l’artiste musicien visionnaire, capable de créer enraciné dans son héritage, mais aussi le manager culturel et le maître de l’événementiel. Ces profils sont cruciaux sur le marché de l’emploi congolais car ils sont les bâtisseurs de l’industrie créative, capables de structurer des festivals, de produire des spectacles d’envergure et de valoriser le patrimoine national, jouant ainsi un rôle clé dans le rayonnement et la professionnalisation du secteur.
- PRÉLIMINAIRES
- PARTIE 1 : FONDEMENTS ETHNOMUSICOLOGIQUES ET ANALYSE STRUCTURELLE
- Chapitre I. L’Ethnomusicologie comme Science de l’Audition
- Chapitre II. Structures Sonores : Rythme, Échelles et Polyphonies
- Chapitre III. Fonctions Sociales et Contextes Rituels de la Musique
- PARTIE 2 : MÉTHODOLOGIES D’ANALYSE ET APPLICATIONS PRATIQUES
- Chapitre IV. Protocoles d’Analyse Ethnomusicologique
- Chapitre V. Cartographie des Espaces Sonores Congolais
- Chapitre VI. Ingénierie Culturelle et Valorisation des Répertoires
- ANNEXES
PRÉLIMINAIRES
I. Objectifs Pédagogiques et Compétences Visées
La finalité de cette Unité d’Enseignement est l’acquisition d’une compétence d’ingénierie culturelle et événementielle. Au-delà de la simple identification des styles, l’étudiant doit maîtriser les codes structurels et sociaux des musiques traditionnelles pour en déterminer les conditions de performance optimales. Il s’agit de forger une expertise pratique permettant de concevoir, programmer et diriger un événement solennel ou un spectacle en garantissant son authenticité culturelle et son impact sur le public. La compétence finale est opérationnelle : auditer un répertoire pour en extraire une programmation pertinente.
II. Méthodologie d’Analyse et Cadre Théorique
L’approche méthodologique est résolument inductive et s’appuie sur le triptyque d’Alan Merriam : analyse du son, des comportements et des concepts. Chaque audition sera soumise à une double lecture : une analyse musicologique formelle (structures rythmiques, scalaires, formelles) et une analyse ethno-sociologique (fonctions, contextes, symboliques). Ce cours mobilise des outils issus de la linguistique structurale, de l’anthropologie de la performance et de l’acoustique. L’objectif est de construire une grille d’analyse systémique applicable à tout répertoire non documenté, un outil essentiel pour le manager culturel en RDC.
III. L’Ethnomusicologie en Contexte Congolais : Enjeux et Perspectives
Le champ musical de la République Démocratique du Congo constitue un laboratoire d’une complexité et d’une richesse exceptionnelles. Face aux dynamiques de globalisation et d’urbanisation, la préservation et la valorisation de ces patrimoines immatériels représentent un enjeu socio-économique majeur. Ce cours positionne l’ethnomusicologie comme un outil de développement local. Il s’agit de former des experts capables de documenter, d’analyser mais surtout de réactiver ces répertoires dans des cadres économiques viables, du tourisme culturel à l’industrie du spectacle, en passant par la pédagogie.
IV. Grille d’Évaluation et Modalités Pratiques
L’évaluation sanctionne une compétence de mise en situation professionnelle. Elle se compose de trois épreuves distinctes. Premièrement, une analyse critique d’une archive sonore non identifiée. Deuxièmement, la production d’un rapport de terrain basé sur une collecte supervisée. L’épreuve finale consiste en la conception détaillée d’un cahier des charges pour un événement culturel (festival, cérémonie officielle) en justifiant le choix du répertoire musical, des artistes et des conditions scéniques, prouvant ainsi la maîtrise des conditions de réussite d’un spectacle.
PARTIE 1 : FONDEMENTS ETHNOMUSICOLOGIQUES ET ANALYSE STRUCTURELLE
Chapitre I. L’Ethnomusicologie comme Science de l’Audition
Le modèle tripartite d’Alan Merriam – son, comportement, concept – fournit la colonne vertébrale de ce chapitre, qui établit la scientificité de la discipline. La démarche rompt avec l’ethnocentrisme de la musicologie comparative pour imposer une rigueur de terrain. En appliquant ce cadre aux traditions orales du Kasaï ou du Maniema, l’analyse dépasse la simple collecte de “folklore”. L’étudiant forgera ici sa compétence fondamentale : structurer une investigation ethnomusicologique complète, de la formulation d’une problématique à la construction d’un corpus analytique rigoureux et éthique.
I.1 Définition du champ et rupture épistémologique
Une rupture épistémologique majeure sépare la musicologie comparative, souvent empreinte de jugements de valeur, de l’ethnomusicologie moderne. Ce sous-chapitre retrace cette évolution, de l’étude en cabinet des premiers cylindres de cire à l’immersion sur le terrain prônée par les anthropologues. L’objectif est de saisir comment l’objet d’étude s’est déplacé de la “musique primitive” vers les “musiques du monde” en tant que systèmes de communication complexes. L’étudiant apprendra à déconstruire les préjugés évolutionnistes qui persistent dans l’appréciation des arts sonores.
I.2 Les outils de la collecte : de l’enregistreur à la captation contextuelle
Face aux défis de la préservation des traditions orales en RDC, la maîtrise des techniques de collecte est non négociable. Cette section offre une analyse critique des outils, de l’enregistreur Nagra historique aux solutions de captation audio-vidéo 360° actuelles. L’accent est mis sur la stratégie de collecte : comment capturer non seulement le son, mais aussi l’interaction, l’espace et le silence qui lui donnent son sens. L’ingénieur culturel saura planifier et exécuter une mission de documentation sonore en maximisant la richesse des données collectées.
I.3 La transcription : du solfège à l’analyse spectrale
Sous l’angle de la fidélité analytique, la notation solfégique occidentale s’avère souvent inadéquate pour représenter les subtilités des musiques congolaises. Ce module explore les alternatives, des transcriptions graphiques de Simha Arom aux sonogrammes et spectrogrammes qui révèlent la micro-intervallicité et la complexité timbrale. En appliquant ces outils à un chant Mbuti ou à une phrase de sanza, l’étudiant apprendra à choisir la méthode de visualisation la plus pertinente pour son objet d’analyse, transformant un signal auditif en donnée scientifique exploitable.
I.4 Éthique du terrain et restitution aux communautés sources
Une connaissance approfondie des dynamiques de pouvoir est impérative avant toute interaction avec les détenteurs d’un savoir traditionnel. Ce segment aborde les questions juridiques et morales cruciales : droit d’auteur, propriété intellectuelle collective, consentement éclairé et juste rétribution. À travers l’étude de cas concrets en RDC, l’étudiant élaborera des protocoles de collaboration éthiques. Il sera capable de monter un projet de valorisation culturelle qui garantit le respect et la juste participation des communautés, transformant la collecte en un partenariat durable.
Chapitre II. Structures Sonores : Rythme, Échelles et Polyphonies
La notion occidentale de “mesure” vacille et se brise face à la complexité des polyrythmies d’Afrique centrale. Ce chapitre déconstruit les outils d’analyse standards pour en forger de nouveaux, adaptés à l’objet. En s’appuyant sur les travaux de Simha Arom sur les timelines et les cycles rythmiques, nous disséquons la logique interne des architectures sonores congolaises. L’analyse des répertoires de tambours Luba devient un exercice de mathématiques musicales. L’étudiant développera une capacité d’écoute structurelle pour déchiffrer et modéliser n’importe quel agencement polyrythmique complexe.
II.1 Le paradigme rythmique : temps, contretemps et cycles non-rétrogradables
D’origine conceptuelle africaine, la structure rythmique s’organise souvent autour d’une “timeline”, un motif asymétrique immuable joué par une cloche ou des claves. Ce sous-chapitre analyse ce principe organisateur qui permet la superposition de multiples couches rythmiques complexes sans recours à un chef d’orchestre. En maîtrisant la détection et la notation de ces cycles (comme le fameux “standard pattern” africain), l’étudiant pourra décoder l’ossature de la musique de danse et de transe, une compétence clé pour tout arrangeur ou chorégraphe.
II.2 Systèmes scalaires et micro-intervallicité
Face à la prédominance du tempérament égal dans la musique mondiale, les échelles des musiques traditionnelles congolaises offrent un univers de couleurs expressives uniques. Cette section examine les systèmes pentatoniques, hexatoniques et heptatoniques anhémitoniques qui structurent les mélodies des harpes Zande ou des sanzas. L’analyse se concentre sur l’usage expressif des micro-intervalles et des hauteurs ambiguës, non comme des erreurs, mais comme des éléments centraux du système esthétique. L’artiste musicien y trouvera une source d’inspiration pour enrichir sa propre palette harmonique.
II.3 Polyphonies et hétérophonies : l’architecture du dialogue musical
Sous l’angle de l’organisation collective, les techniques polyphoniques congolaises révèlent des modèles sociaux sophistiqués. Le cours dissèque les mécanismes de l’hétérophonie, du parallélisme, du hoquet (hocket) et de l’imitation en canon que l’on retrouve dans les chœurs Ekonda ou les ensembles de trompes Mangbetu. Il s’agit de comprendre comment l’interaction des voix crée une texture plus riche que la somme de ses parties. Le manager culturel saura analyser la cohésion d’un groupe et optimiser la disposition scénique pour valoriser ces dialogues sonores.
II.4 L’organologie : classification et symbolique des instruments congolais
Une analyse rigoureuse des timbres exige une connaissance approfondie des instruments qui les produisent. Ce module dépasse la classification Hornbostel-Sachs pour intégrer la dimension symbolique et fonctionnelle des instruments de la RDC. Le statut du tambour à fente (lokole) comme outil de communication, le rôle du likembe dans la poésie narrative ou la fonction rituelle des hochets sont étudiés en détail. L’étudiant sera capable d’identifier un instrument, de comprendre sa facture, son rôle social et son potentiel scénique.
Chapitre III. Fonctions Sociales et Contextes Rituels de la Musique
L’intronisation d’un chef Kuba en 1970, documentée par des archives sonores, n’est pas un simple événement politique mais un acte performatif total où la musique valide le pouvoir. Ce chapitre ancre l’analyse musicale dans son contexte pragmatique : la musique n’est pas un décor, elle agit. En examinant les répertoires liés au travail, au pouvoir ou à la guérison, nous décodons la fonction performative du son. L’étudiant forgera sa compétence maîtresse : déterminer les conditions de réussite d’un événement en alignant le contenu musical sur l’intention sociale et symbolique.
III.1 Musiques de travail et de cohésion sociale
Une dynamique de synchronisation des efforts est au cœur des chants de travail, qu’ils accompagnent le pilonnage du manioc ou la pagaie sur le fleuve Congo. Cette section analyse la fonction ergonomique de la musique : comment le rythme optimise le geste, prévient la fatigue et renforce la cohésion du groupe. L’étude de ces répertoires fournit des modèles d’efficacité collective et de motivation. Le manager événementiel y puisera des principes pour dynamiser un groupe ou rythmer les temps forts et faibles d’une manifestation.
III.2 Le cycle de la vie : naissance, initiation, mariage et funérailles
Face aux moments charnières de l’existence, les sociétés traditionnelles déploient des arsenaux sonores spécifiques qui cadrent l’émotion et marquent le statut. Ce sous-chapitre examine les répertoires musicaux qui accompagnent les rites de passage. L’analyse comparative des berceuses, des chants d’initiation Kongo et des lamentations funéraires Luba révèle une ingénierie sonore de la transition sociale. Le concepteur d’événement apprendra à programmer une musique qui accompagne et magnifie la signification d’une cérémonie, qu’elle soit privée ou nationale.
III.3 Musique, pouvoir et hiérarchie : les répertoires de cour
Sous l’angle de la légitimation politique, la musique des cours royales (Luba, Kuba, Lunda) fonctionne comme une chronique sonore et un emblème de puissance. Ce module décrypte les codes de ces musiques auliques : les généalogies chantées par les griots, les rythmes spécifiques réservés au souverain, et la hiérarchie des ensembles instrumentaux. Comprendre cette sémiotique du pouvoir est essentiel pour quiconque organise un événement officiel en RDC. Il s’agit de savoir utiliser la musique pour signifier le rang et le respect du protocole.
III.4 Pratiques thérapeutiques et états de transe
Une connaissance des états modifiés de conscience est fondamentale pour comprendre le rôle de la musique dans les rituels de guérison comme le Zebola. Cette section analyse les techniques musicales – polyrythmies obsédantes, cycles mélodiques courts, accélération progressive – utilisées pour induire des états de transe thérapeutique. L’étude se concentre sur l’interaction entre le musicien-thérapeute et le patient. L’artiste ou le programmateur y découvrira la puissance psycho-physiologique du son et les mécanismes de la catharsis collective, applicables dans des contextes de performance intenses.
PARTIE 2 : MÉTHODOLOGIES D’ANALYSE ET APPLICATIONS PRATIQUES
Chapitre IV. Protocoles d’Analyse Ethnomusicologique
Le modèle tripartite d’Alan P. Merriam, distinguant son, comportement et concept, structure notre approche analytique. Il fournit un cadre pour interroger la musique comme un fait social total, au-delà de la simple description. Ce chapitre applique rigoureusement ce modèle aux polyphonies vocales Mongo et aux rythmes de tambour des Luba. L’objectif est de forger une compétence d’analyse systémique : l’étudiant apprendra à décoder un événement musical dans toutes ses dimensions, de la structure mélodique à sa signification cosmogonique.
IV.1 L’écoute active et la transcription
Une écoute orientée vers la structure constitue le fondement de toute analyse sérieuse. Ce module enseigne les techniques de transcription ethnomusicologique, du relevé mélodico-rythmique à la notation des micro-intervalles spécifiques aux échelles pentatoniques du Kivu. L’étudiant maîtrisera des logiciels comme Sonic Visualiser pour isoler et documenter scientifiquement les composantes sonores d’un enregistrement de terrain, transformant l’audible en donnée exploitable.
IV.2 Analyse morphologique et syntaxique
Déconstruire la forme musicale révèle sa logique interne. L’analyse se concentre ici sur l’identification des cellules rythmiques, des motifs mélodiques récurrents et des grandes sections qui organisent le discours musical, comme dans les chants épiques des Mbole. L’apprenant sera capable de schématiser la structure d’une pièce complexe, démontrant sa compréhension de la syntaxe propre à un répertoire donné et sa capacité à en prédire les développements.
IV.3 Organologie et typologies instrumentales
La classification des instruments dépasse la simple nomenclature. En s’appuyant sur le système Hornbostel-Sachs, ce sous-chapitre établit une typologie des instruments congolais, du sanza des Luba au xylophone des Zande, en liant leur facture à l’écologie locale et aux matériaux disponibles. Cette approche matérielle permet à l’étudiant de dater un instrument, d’en comprendre le potentiel acoustique et d’en évaluer la portée symbolique dans un contexte de performance.
IV.4 Analyse contextuelle : fonction sociale et rituelle
Isoler la musique de sa fonction est une erreur méthodologique fondamentale. Cette section analyse la performance musicale comme un acte social, en étudiant son rôle dans les rituels d’investiture chez les Yaka ou les cérémonies funéraires chez les Kongo. L’étudiant apprendra à mener des entretiens ethnographiques pour documenter les significations et les usages d’un répertoire, liant indissociablement l’objet sonore à son contexte vivant et à son efficacité sociale.
Chapitre V. Cartographie des Espaces Sonores Congolais
La notion d’une “musique congolaise” unitaire est une fiction qui occulte une mosaïque de traditions. Ce chapitre réfute cette simplification en cartographiant les grandes aires culturelles et sonores de la RDC. L’analyse comparative des répertoires met en évidence des logiques régionales distinctes, des bassins de circulation d’instruments et des frontières stylistiques précises. L’étudiant forgera une compétence de diagnostic culturel, capable d’identifier l’origine géographique et ethnique d’une musique à partir de ses marqueurs structurels.
V.1 L’aire culturelle du Bassin du Congo (Mongo, Ngombe, Ntomba)
Caractérisée par la prédominance des polyphonies vocales et des percussions sur bois, la musique de cette aire est intimement liée à l’environnement forestier. L’étude se focalise sur les techniques de hoquet (hocketus) et l’imbrication des voix dans les chants de chasse ou de travail collectif. L’apprenant analysera comment ces structures sonores complexes renforcent la cohésion sociale et organisent les activités économiques communautaires, une connaissance clé pour tout manager d’événements ruraux.
V.2 L’aire culturelle Kasaïenne (Luba, Lulua, Songye)
Une connaissance approfondie des dynamiques de cour royale est indispensable pour comprendre cet espace. Les musiques des Luba et des peuples apparentés sont marquées par des récits généalogiques complexes, soutenus par des instruments emblématiques comme le lukunga (tambour à fente) et le dikembe (sanza). L’étudiant apprendra à décrypter le langage tambouriné et à analyser comment la musique légitime le pouvoir politique, une compétence essentielle pour l’organisation d’événements solennels officiels.
V.3 L’aire culturelle Katangaise et Sud (Lunda, Chokwe, Bemba)
Sous l’angle de l’influence interculturelle, les musiques de cet espace charnière révèlent des siècles d’échanges commerciaux et de migrations. Ce module examine la circulation des xylophones, des masques de danse et des rythmes entre la RDC, l’Angola et la Zambie. En analysant les syncrétismes stylistiques, l’étudiant développera une expertise sur les dynamiques culturelles transfrontalières, lui permettant de concevoir des festivals ou des projets culturels à portée régionale.
V.4 L’aire culturelle du Kivu et des Grands Lacs (Shi, Nande, Havu)
Face aux défis de la préservation dans une zone de forte densité et de conflits, la musique devient un marqueur identitaire crucial. L’analyse porte sur les échelles et les modes uniques des cithares et des lyres de la région, ainsi que sur les chants pastoraux. L’étudiant sera formé à identifier les répertoires menacés et à proposer des stratégies de documentation et de revitalisation, répondant à une demande croissante des ONG culturelles et des institutions internationales.
Chapitre VI. Ingénierie Culturelle et Valorisation des Répertoires
L’inscription de la Rumba congolaise au patrimoine immatériel de l’UNESCO en 2021 a créé un précédent juridique et économique. Ce chapitre transpose cette logique de valorisation aux musiques traditionnelles. Il s’agit de transformer un savoir académique en un outil de développement économique et de diplomatie culturelle. L’étudiant apprendra à monter des dossiers de labellisation, à concevoir des produits culturels et à négocier des droits pour les communautés détentrices des savoirs traditionnels.
VI.1 Documentation et archivage pour la postérité
Une méthodologie rigoureuse de collecte est la première étape de la valorisation. Ce sous-chapitre détaille les protocoles de documentation audiovisuelle en vue de la constitution d’archives numériques pérennes, conformes aux standards de la IASA (International Association of Sound and Audiovisual Archives). L’étudiant apprendra à gérer les métadonnées, à assurer la conservation physique des supports et à rendre les fonds accessibles aux chercheurs et aux artistes, créant ainsi une ressource nationale stratégique.
VI.2 Scénographie et direction artistique d’événements
La transposition d’une musique rituelle sur une scène de spectacle exige une réinvention. Ce module enseigne les techniques de scénarisation d’un répertoire traditionnel pour un public contemporain, sans le dénaturer. L’étudiant apprendra à concevoir un éclairage, une sonorisation et une narration qui magnifient la performance, transformant un acte culturel local en un spectacle exportable et économiquement viable pour un festival international ou un événement d’entreprise.
VI.3 Droit d’auteur, propriété intellectuelle et licences communautaires
Protéger les créateurs et les communautés est un impératif éthique et économique. Ce segment plonge dans le droit congolais (SOCODA) et les conventions internationales (OMPI) relatives à la propriété intellectuelle des savoirs traditionnels. L’étudiant sera capable de rédiger des contrats de cession de droits, de négocier des licences d’utilisation pour le sampling ou le cinéma, et de mettre en place des mécanismes de redistribution des revenus aux communautés d’origine.
VI.4 Création de produits dérivés et tourisme culturel
D’origine académique, l’analyse musicale débouche sur des modèles économiques concrets. Ce sous-chapitre explore la création de circuits de tourisme culturel axés sur la découverte des traditions musicales (ateliers, festivals locaux). L’apprenant concevra des plans d’affaires pour des produits dérivés : compilations musicales de haute qualité, applications mobiles éducatives ou banques de sons pour les producteurs, générant ainsi de nouvelles chaînes de valeur à partir du patrimoine immatériel.
ANNEXES
A. Protocole de collecte ethnomusicologique de terrain
Face à la complexité des rituels sonores du Kivu, la simple captation audio est un acte de spoliation intellectuelle. Ce protocole technique impose une méthodologie rigoureuse, fusionnant enregistrement multipiste, documentation vidéo des gestes et cartographie des acteurs sociaux impliqués. Ancré dans les réalités du terrain congolais, il fournit un cadre éthique et technique pour la collecte. L’opérateur culturel forgera ici la compétence de constituer un fonds d’archives sonores exploitable, respectueux des communautés sources et juridiquement sécurisé.
B. Cadre juridique et droits d’auteur (Loi SOCODA & OHADA)
Une connaissance pointue du droit d’auteur congolais est le pivot de toute carrière managériale. Cet appendice dissèque l’ordonnance-loi de 1986 créant la SOCODA, en l’appliquant spécifiquement à la gestion des répertoires traditionnels et à leur exploitation commerciale. En articulant la législation nationale aux traités OHADA sur le droit des contrats, il offre une grille de lecture pragmatique. Le futur manager y développera une expertise décisive : structurer des accords de production et de diffusion qui sécurisent les revenus des artistes.
C. Guide de transcription des polyrythmies et échelles non-tempérées
Inspiré par la rigueur de Simha Arom, ce guide de transcription s’attaque à l’aporie de la notation occidentale face aux musiques du bassin du Congo. Il fournit une méthode systématique pour représenter graphiquement les polyrythmies complexes, les échelles non tempérées et les timbres vocaux spécifiques. La démarche est illustrée par des exemples concrets tirés des répertoires Luba et Mongo. L’étudiant forgera une compétence technique rare : produire des partitions analytiques précises, indispensables à l’arrangement ou à l’étude comparative.
D. Glossaire organologique illustré des instruments du Congo
D’une utilité immédiate pour l’organisateur d’événements, ce glossaire organologique illustré catalogue les instruments emblématiques de la RDC. Classés selon la typologie Hornbostel-Sachs mais enrichis de leur contexte socioculturel, du likembe au xylophone Pende, chaque instrument est documenté par sa facture, son aire géographique et sa fonction rituelle ou festive. Ce répertoire visuel et technique est un outil de travail quotidien. Le professionnel identifiera sans erreur les instruments, leurs contraintes logistiques et leur potentiel scénique pour un spectacle.
Comment l’ethnomusicologie déconstruit-elle la notion d’authenticité dans les musiques traditionnelles face à leur marchandisation et inscription au patrimoine immatériel ?
📚 Source :Travaux de Alan Lomax sur Cantometrics via Google Scholar
En quoi les technologies d’enregistrement et de diffusion numérique modifient-elles radicalement les processus de transmission orale des répertoires traditionnels ?
📚 Source :Travaux de Walter J. Ong sur Orality via Cairn.info
Comment l’analyse postcoloniale révèle-t-elle les dynamiques de pouvoir implicites dans la collecte et l’étude des musiques traditionnelles par les institutions occidentales ?
📚 Source :Travaux de Timothy Rice sur ethnomusicology via JSTOR
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