Étudiants en arts de la scène travaillant sur une mise en scène théâtrale expérimentale.

Travail pratique expérimental de mise en scène

Laboratoire de création pour tester l'efficience des nouveaux dispositifs scénographiques.

Édition 2026 – Réforme LMD – Enseignement supérieur et universitaire en RDC.

  • Code Officiel : TPE2241
  • Domaine : Domaine de Lettres, Langues et Arts
  • Filière : Non spécifié
  • Mention : Non spécifié
  • Année d’étude : Master 2
  • Semestre : Semestre 4
Consulter les Modalités, Compétences et Débouchés

Cette Unité d’Enseignement, d’une valeur de 3 crédits ECTS, est intégralement consacrée à la pratique intensive. Son architecture pédagogique repose sur un unique Élément Constitutif, le Laboratoire pratique de création scénique, qui absorbe la totalité des crédits. Cette concentration garantit une immersion complète et sans dispersion, où chaque heure est dédiée à l’expérimentation directe, à la manipulation des outils scéniques et à la concrétisation d’une vision artistique au sein d’un projet tangible.

Au-delà de la simple théorie, cette UE vise à forger des compétences opérationnelles de haut niveau. Les étudiants apprendront à monter et réaliser un projet dramatique expérimental complet, depuis l’idée germinale jusqu’à la première sur les planches. Cela implique une maîtrise transversale indispensable pour gérer l’articulation de la régie lumière, des décors et des costumes, transformant des éléments techniques disparates en un langage scénique unifié et puissant. Enfin, la formation outille les apprenants pour la transmission, leur permettant d’enseigner la théorie et la pratique de la mise en scène, une compétence clé pour pérenniser et enrichir le savoir-faire théâtral.

Les débouchés professionnels de cette UE sont au cœur des industries créatives contemporaines. Les diplômés pourront embrasser la carrière de Metteur en scène expérimental, un visionnaire qui repousse les frontières de l’art vivant. Ils seront également qualifiés comme Concepteur scénique, véritable architecte de l’expérience spectateur, ou encore comme Formateur d’acteurs, pilier de la professionnalisation du secteur. En République Démocratique du Congo, ces experts jouent un rôle crucial en structurant le marché de l’emploi culturel, en élevant les standards de production et en insufflant une dynamique d’innovation indispensable à l’émergence d’une scène théâtrale compétitive et reconnue internationalement.

SOMMAIRE NAVIGABLE

PRÉLIMINAIRES

I. Objectifs et Compétences Visées

La formation théâtrale classique en RDC, souvent axée sur la reproduction de modèles établis, peine à équiper les créateurs pour la scène contemporaine internationale. Ce constat impose une refonte radicale des approches pratiques. L’unité d’enseignement est conçue pour combler cette lacune en se concentrant sur la conception et la réalisation de dispositifs scéniques innovants. L’étudiant forgera une compétence stratégique : maîtriser l’intégralité de la chaîne de production d’un spectacle expérimental, de l’idéation conceptuelle à la première représentation publique, le rendant immédiatement opérationnel.

II. Méthodologie et Évaluation

La controverse entre l’évaluation du produit fini et celle du processus créatif trouve ici une résolution pragmatique. Face à un secteur culturel congolais en quête de profils agiles, la seule démonstration d’un spectacle ne suffit plus. L’évaluation portera donc sur un portfolio de création documentant chaque étape : recherches dramaturgiques, esquisses scénographiques, direction d’acteurs et stratégie de communication. Cette approche forge une double compétence : la capacité à créer une œuvre pertinente et l’aptitude à en articuler la valeur pour convaincre producteurs et bailleurs.

III. Ancrage Socio-Économique en RDC

L’émergence de nouveaux espaces culturels indépendants à Kinshasa et Lubumbashi depuis 2015 marque une rupture structurelle avec le modèle subventionné hérité. Ces lieux exigent une programmation audacieuse mais économiquement viable. Ce cours ancre la démarche expérimentale dans cette réalité de marché. En analysant les modèles économiques de ces structures locales, l’étudiant apprend à concevoir des projets à la fois artistiquement radicaux et financièrement soutenables. Il développera la capacité de négocier sa place au sein de cette nouvelle chaîne de valeur culturelle.

PARTIE 1 : FONDATIONS THÉORIQUES ET MÉTHODOLOGIQUES DE LA MISE EN SCÈNE EXPÉRIMENTALE

Chapitre I. Déconstruire la Scène : Généalogie et Enjeux de l’Expérimentation

La “cruauté”, concept forgé par Antonin Artaud, constitue la pierre angulaire pour dynamiter les conventions du théâtre bourgeois occidental. Ici, la théorie est immédiatement confrontée à la pratique scénique congolaise, souvent plus préoccupée par le verbe que par l’impact physique et sensoriel. Le chapitre utilise cette tension pour explorer comment les rituels et les performances corporelles d’Afrique centrale peuvent réactualiser la radicalité d’Artaud. L’étudiant acquerra un outil analytique précis pour justifier une proposition de mise en scène radicale.

I.1 Héritage des avant-gardes historiques

Héritage direct du futurisme et du surréalisme, la remise en cause de la représentation naturaliste a ouvert la voie à une redéfinition du pacte théâtral. Ce sous-chapitre analyse les manifestes fondateurs pour en extraire des protocoles de création concrets. Appliqué au contexte de la RDC, il s’agit de voir comment le théâtre de rue à Kinshasa peut s’emparer de ces techniques de rupture pour amplifier son message politique et social. L’étudiant apprendra à identifier et à adapter une technique historique à une problématique contemporaine.

I.2 La critique postcoloniale de la forme théâtrale

Face à la persistance du modèle dramatique aristotélicien, l’œuvre d’auteurs comme Sony Labou Tansi oppose une résistance formelle et politique. Sa dramaturgie de la “chair” et du “chaos” est étudiée comme une stratégie consciente pour représenter les corps et les sociétés post-indépendance. En analysant ses pièces, l’étudiant comprend comment la structure même d’une œuvre peut incarner une critique du pouvoir. Il sera capable de concevoir une dramaturgie qui puise ses formes dans les réalités sociopolitiques congolaises.

I.3 Sous l’angle de la performance et du corps politique

Sous l’angle de la performance, le corps de l’acteur devient le lieu principal de la signification, supplantant la primauté du texte. Ce segment examine comment les artistes, de Marina Abramović aux performeurs des scènes de Goma, utilisent leur physicalité pour témoigner de la violence ou célébrer la résilience. L’enjeu est de doter l’étudiant d’un vocabulaire précis pour diriger le corps de l’acteur non comme un illustrateur, mais comme une matière première signifiante, capable de porter une mémoire et un discours autonomes.

I.4 Une définition opératoire de l’expérimentation aujourd’hui

Une définition opératoire de l’expérimentation contemporaine est établie, centrée sur l’interactivité, l’occupation d’espaces non-dédiés et l’intégration technologique. Le cours analyse des cas pratiques, de la performance immersive au théâtre documentaire. Pour l’étudiant en RDC, cela se traduit par la compétence technique de concevoir un projet pour un lieu spécifique, comme le marché de la Liberté à Masina, en intégrant les flux, les sons et les populations comme des éléments dramaturgiques à part entière.

Chapitre II. La Dramaturgie du Metteur en Scène-Auteur

La controverse opposant le metteur en scène simple exécutant d’un texte et le metteur en scène-auteur est ici tranchée en faveur de la seconde posture, seule compatible avec une démarche expérimentale authentique. Ce chapitre fournit la méthodologie pour passer du statut d’interprète à celui de créateur principal du sens scénique. En s’appuyant sur des exemples de “work in progress” documentés, l’étudiant apprend à structurer sa propre écriture de plateau. Il forgera la compétence de générer un matériau dramaturgique original.

II.1 L’écriture de plateau comme processus de création

D’origine européenne, la pratique de l’écriture de plateau déplace la genèse du texte de l’isolement du bureau à l’effervescence du studio. Ce sous-chapitre détaille les techniques d’improvisation dirigée, de collecte de matériaux documentaires et de montage textuel en temps réel avec les acteurs. Appliquée au contexte congolais, cette méthode permet de créer des œuvres ancrées dans le vécu des participants. L’étudiant saura diriger une session de travail pour transformer des témoignages bruts en une structure dramatique cohérente.

II.2 De l’idée au concept scénique directeur

Une dynamique de projet efficace part d’une vision claire. Ce segment enseigne à formaliser une intuition initiale en un concept scénique directeur : une phrase ou une image unique qui gouvernera tous les choix artistiques, du casting à la lumière. L’exercice pratique consiste à traduire une problématique complexe, comme l’exploitation du coltan, en un concept scénique percutant et réalisable. L’étudiant développera sa capacité à synthétiser sa pensée pour la rendre communicable et inspirante pour son équipe créative.

II.3 Face au matériau textuel : adaptation, fragmentation, réécriture

Face au matériau textuel classique ou contemporain, le metteur en scène-auteur n’est pas un serviteur mais un iconoclaste. Ce module présente les techniques de “l’explosion” de texte : fragmentation, collage, réécriture de scènes clés, insertion de documents non-dramatiques. L’objectif est de s’approprier l’œuvre pour la faire résonner avec les urgences du présent en RDC. L’étudiant sera capable de proposer une lecture radicalement nouvelle d’un répertoire connu, en justifiant chaque choix de déconstruction et de reconstruction.

II.4 Une gestion rigoureuse du cahier de mise en scène

Une gestion rigoureuse du cahier de mise en scène est l’outil qui transforme une vision artistique en un projet productible. Ce sous-chapitre en détaille la structure : notes d’intention, recherches visuelles, biographie des personnages, plan de travail, découpage technique. Pour l’étudiant, maîtriser cet outil est une nécessité économique. Il apprend à produire un document professionnel, essentiel pour dialoguer avec les régisseurs, les scénographes et, surtout, pour convaincre les institutions culturelles et les mécènes de la solidité de son projet.

Chapitre III. Scénographie de Rupture et Économie de Moyens

Le modèle de la scénographie décorative, coûteux et logistiquement lourd, vacille face aux contraintes économiques et aux ambitions artistiques du théâtre expérimental en RDC. Ce chapitre critique cette dépendance et propose des alternatives radicales fondées sur l’ingéniosité. En s’inspirant du “théâtre pauvre” de Grotowski et des pratiques de récupération locales, nous étudions comment créer un impact visuel maximal avec des ressources minimales. L’ingénieur scénique en devenir saura concevoir et budgétiser une scénographie signifiante et soutenable.

III.1 La scénographie du vide et l’objet unique

Inspirée par la vision de Peter Brook, la scénographie du vide postule qu’un espace nu et un acteur engagé suffisent à créer le théâtre. Ce segment explore comment un seul objet, soigneusement choisi, peut devenir le pivot de toute la dramaturgie visuelle. L’application pratique pour un créateur en RDC est la conception d’un spectacle léger, apte à tourner dans des conditions techniques variées, des centres culturels de Bukavu aux villages du Kasaï. L’étudiant apprendra l’art de la suggestion et de la métaphore visuelle.

III.2 Sous l’angle de la récupération et du détournement

Sous l’angle de la récupération, le déchet urbain devient une ressource esthétique et politique. Ce sous-chapitre analyse la démarche d’artistes congolais qui transforment bidons, pneus ou sacs plastiques en éléments scéniques puissants. La méthode consiste à identifier le potentiel symbolique d’un matériau local pour construire un univers visuel qui commente directement l’environnement social et écologique. L’étudiant sera capable de diriger un atelier de construction de décors à partir de matériaux de récupération, alliant pertinence artistique et responsabilité environnementale.

III.3 Une connaissance approfondie des espaces non-conventionnels

Une connaissance approfondie des espaces non-conventionnels est une compétence clé pour le metteur en scène expérimental. Ce module enseigne à lire un lieu (usine désaffectée, cour d’immeuble, rive de fleuve) comme une partition, avec ses contraintes et ses potentialités dramaturgiques. L’enjeu pour un projet à Matadi, par exemple, est d’utiliser la topographie portuaire comme un décor naturel et un acteur du drame. L’étudiant saura réaliser un repérage technique et artistique pour intégrer un lieu spécifique au cœur de son concept.

IV.4 Face aux contraintes budgétaires : le plan de production agile

Face aux contraintes budgétaires chroniques, l’improvisation n’est pas une option viable. Ce segment technique forme à l’élaboration d’un plan de production et d’un budget réalistes pour un projet expérimental. Il s’agit d’apprendre à chiffrer chaque poste (location, salaires, construction, communication) et à identifier les sources d’économies sans compromettre la vision artistique. L’étudiant maîtrisera la création d’un dossier de production complet, outil indispensable pour lever des fonds auprès d’ONG, d’ambassades ou de fondations privées.

PARTIE 2 : De la Conception à la Réalisation Scénique

Chapitre IV. Dramaturgie Expérimentale et Déconstruction du Texte

Le concept du “Théâtre de la Cruauté” d’Antonin Artaud pulvérise la primauté du texte pour exalter une expérience sensorielle totale. Ce chapitre applique ce principe radical à la scène kinoise, où la tradition orale et la performance corporelle offrent un terrain fertile. En fragmentant des récits classiques pour les confronter aux réalités urbaines de Kinshasa, nous forgeons une dramaturgie de l’impact direct. L’étudiant maîtrisera l’art de la réécriture scénique, transformant n’importe quel matériau textuel en une expérience théâtrale viscérale et pertinente.

IV.1 Analyse des Structures Narratives Non-Linéaires

Une connaissance approfondie des dynamiques de fragmentation narrative est le prérequis à toute forme expérimentale. Ce segment dissèque les techniques du montage, du collage et du récit éclaté, en s’appuyant sur des exemples concrets tirés du cinéma d’avant-garde et du théâtre postdramatique. L’objectif est de doter l’étudiant d’un arsenal analytique pour déconstruire la logique causale des fictions traditionnelles. Il apprendra à identifier et à manipuler les points de rupture pour générer de nouveaux sens.

IV.2 Techniques d’Adaptation et de Réécriture Scénique

Face au défi de la pertinence culturelle, l’adaptation devient un acte de création majeur. Cette section fournit une méthodologie rigoureuse pour transposer une œuvre, qu’elle soit classique ou contemporaine, dans le contexte socio-culturel congolais. Il s’agit de déplacer les enjeux, de réinventer les dialogues et de substituer les référents culturels sans trahir l’essence de l’œuvre source. L’étudiant sera capable de produire une adaptation scénique qui résonne avec une authenticité locale immédiate.

IV.3 Le Statut du Texte dans la Performance Postdramatique

Héritée des avant-gardes du XXe siècle, la vision postdramatique détrône le texte de sa position centrale. Le cours explore comment le mot devient matière sonore, élément visuel ou simple impulsion rythmique au service de la performance. À travers l’étude de cas pratiques, notamment l’intégration de plusieurs langues du bassin du Congo sur scène, l’étudiant apprendra à utiliser le texte comme une partition polyphonique. Il saura orchestrer la voix, le corps et l’espace en une composition scénique unifiée.

IV.4 Création d’un ‘Conducteur’ de Mise en Scène

Sous l’angle de la planification rigoureuse, le conducteur est la colonne vertébrale de la production. Ce module enseigne la méthode pour synthétiser toutes les intentions artistiques (texte, jeu, lumière, son, décor) dans un document de travail unique, précis et exploitable par toute l’équipe technique. C’est un outil de communication et de gestion de projet essentiel. L’étudiant forgera la compétence de traduire une vision artistique complexe en une feuille de route opérationnelle et sans équivoque.

Chapitre V. Le Corps et l’Espace : Scénographie et Direction d’Acteurs

Le théâtre à l’italienne, avec sa séparation nette scène/salle, atteint ses limites expressives face aux dynamiques participatives des arts de la rue à Lubumbashi. Ce chapitre déconstruit cette architecture frontale pour explorer des dispositifs immersifs. Nous analysons comment l’espace non-conventionnel (hangar, marché, cour) modifie radicalement la relation acteur-spectateur et la gestuelle. L’apprenant développera une compétence clé : concevoir une scénographie active et diriger les corps pour qu’ils habitent et transforment n’importe quel lieu.

V.1 Principes de la Scénographie Modulaire et Évolutive

D’inspiration constructiviste, la scénographie modulaire utilise des éléments simples et reconfigurables pour créer des environnements multiples au sein d’un même spectacle. Ce sous-chapitre se concentre sur la conception de structures légères et polyvalentes, en privilégiant des matériaux de récupération disponibles localement en RDC. L’étudiant apprendra à penser le décor non comme un fond passif, mais comme un partenaire de jeu actif. Il saura dessiner et prototyper un dispositif scénique capable d’évoluer avec la dramaturgie.

V.2 Direction d’Acteurs : De Stanislavski à Grotowski

Au-delà de la psychologie du personnage, la direction d’acteurs expérimentale se focalise sur la physicalité et l’engagement total de l’interprète. En partant des exercices sensoriels de Stanislavski pour aboutir à l’entraînement physique rigoureux de Grotowski, ce segment propose un laboratoire pratique. L’objectif est de libérer le potentiel expressif du corps de l’acteur, en le connectant aux traditions de danse et de performance congolaises. Le metteur en scène saura construire un training spécifique pour sa troupe.

V.3 Gestion de l’Espace Scénique Non-Conventionnel

Exploiter un lieu non dédié au théâtre impose des contraintes techniques et sécuritaires spécifiques. Cette section aborde de manière pragmatique les défis liés à l’acoustique, à la visibilité et aux flux de public dans des espaces comme un entrepôt désaffecté à Goma ou une cour intérieure à Bukavu. L’étudiant acquerra les compétences logistiques pour évaluer un site, en cartographier le potentiel et les risques. Il sera capable de transformer n’importe quel lieu en un espace de performance viable.

V.4 La Chorégraphie du Mouvement de Groupe

Une maîtrise du mouvement collectif est essentielle pour créer des images scéniques puissantes et signifiantes. Ce module enseigne les techniques de composition du mouvement de chœur, en s’inspirant de la dynamique des foules, des rituels et des formations animales. L’analyse se porte sur le rythme, l’occupation de l’espace et les variations de densité pour générer une tension dramatique sans parole. L’étudiant apprendra à diriger un ensemble d’acteurs comme un seul corps organique et expressif.

Chapitre VI. Régie Technique et Production du Spectacle Vivant

L’avènement des projecteurs LED et du vidéo-mapping à bas coût a démocratisé la création lumière, la sortant des grands théâtres. Ce chapitre est un manuel de guérilla technique pour le metteur en scène congolais. Il détaille comment, avec des moyens limités, créer des atmosphères complexes et intégrer la projection vidéo comme un partenaire de jeu. L’étudiant acquerra une autonomie technique totale, capable de concevoir et piloter la régie lumière et son d’un spectacle expérimental.

VI.1 Conception Lumière : Dramaturgie et Atmosphères

La lumière, loin d’être un simple éclairage, est un outil dramaturgique qui sculpte l’espace et guide l’attention. Ce cours pratique enseigne comment traduire des intentions de mise en scène en un plan de feux concret, même avec un équipement minimaliste. En étudiant les principes de l’ombre, de la couleur et de l’intensité, l’étudiant apprendra à créer des atmosphères et à rythmer le spectacle. Il saura rédiger une fiche technique lumière et diriger un régisseur efficacement.

VI.2 Intégration du Son et de la Création Musicale

Fondamental dans la perception du rythme et de l’émotion, l’environnement sonore est un acteur à part entière. Cette section explore la création de bandes-son originales, le field recording pour capter les ambiances sonores de Kinshasa, et le traitement du son en direct. L’étudiant apprendra à utiliser des logiciels de montage audio et à penser la diffusion sonore dans l’espace. Il sera en mesure de concevoir un univers sonore immersif qui enrichit et commente l’action scénique.

VI.3 Le Vidéo-Mapping comme Élément Scénographique Actif

Projetée sur des surfaces non planes, la vidéo devient un décor vivant, une texture ou un personnage. Ce module technique démystifie le vidéo-mapping en se concentrant sur des solutions logicielles accessibles et des techniques de projection créatives. L’accent est mis sur l’interaction entre l’image projetée et le corps de l’acteur. L’étudiant forgera la compétence de concevoir et d’intégrer des éléments vidéo qui transcendent la simple illustration pour devenir une composante essentielle de la scénographie.

VI.4 Planification de Production et Gestion Budgétaire

La viabilité économique d’un projet expérimental repose sur une planification sans faille. Ce dernier segment est un guide pragmatique pour monter un dossier de production, établir un budget prévisionnel réaliste et élaborer un calendrier de répétitions et d’exploitation. Il aborde les spécificités de la recherche de financements et de partenariats dans le contexte culturel de la RDC. L’étudiant deviendra un metteur en scène-producteur, capable de mener son projet de l’idée à la première représentation.

ANNEXES

A. Modèles de contrats de cession de droits et de coproduction

La loi de 2017 sur les droits d’auteur a redéfini les obligations des producteurs en RDC, imposant un cadre strict géré par la SOCODA. Cette annexe fournit des modèles-types de contrats de cession et de coproduction, commentés ligne par ligne pour en exposer les implications fiscales et juridiques. Le metteur en scène acquiert une autonomie contractuelle totale, lui permettant de sécuriser ses créations, de négocier équitablement avec les diffuseurs comme la RTNC et de structurer financièrement ses projets expérimentaux sans dépendre d’une expertise externe.

B. Fiches techniques pour une scénographie à ressources limitées

Face à l’intermittence électrique de Kinshasa et à la rareté de certains matériaux, la scénographie high-tech importée révèle ses limites structurelles. Ce recueil propose des fiches techniques pour des dispositifs ingénieux et à faible coût, du cyclorama en toile de jute traitée à l’éclairage LED sur batterie avec gradateur artisanal. L’étudiant développe une compétence de concepteur-bricoleur, capable de transformer la contrainte en signature esthétique et de garantir la viabilité technique d’une tournée en dehors des grands centres urbains.

C. Protocole de direction d’acteur pour l’improvisation structurée

L’improvisation structurée, héritée des recherches du Living Theatre, offre un cadre pour générer du matériau scénique authentique sans tomber dans l’anarchie. Ce protocole détaille une session de travail de trois heures, avec des exercices précis pour explorer le corps, la voix et l’interaction, en s’inspirant des dynamiques du théâtre de rue kinois. Le futur formateur maîtrisera une méthodologie complète pour diriger un groupe, catalyser la créativité collective et construire une performance cohérente à partir du chaos initial.

D. Cartographie des lieux et des financements alternatifs en RDC

Une connaissance fine de l’écosystème culturel est le prérequis non-négociable à la survie économique de tout projet théâtral indépendant en RDC. Cette cartographie commentée recense les lieux non-conventionnels (ateliers d’artistes, friches industrielles), les micro-financements (appels à projets d’ambassades, fondations privées) et les festivals émergents de Lubumbashi à Goma. Armé de ce carnet d’adresses stratégique, le créateur devient un entrepreneur culturel, capable d’identifier des opportunités et de bâtir un réseau de partenaires fiables.

Protocoles Avancés de la Scène : Une Interrogation Praxéologique
Comment la dramaturgie du spectateur, au-delà de sa simple réception, reconfigure-t-elle l’espace scénique et la temporalité de l’œuvre performative contemporaine ?
La dramaturgie spectatorielle, conceptualisée par Jacques Rancière dans “Le spectateur émancipé”, postule une égalité des intelligences. L’acte de regarder devient une traduction active, non une réception passive. Le paradoxe réside dans le fait que cette “émancipation” est souvent pré-scénarisée, un dispositif de contrôle sophistiqué. Dans le secteur de l’événementiel de luxe ou des parcs à thème, cette technique est exploitée pour créer des expériences immersives hautement monétisables, où la liberté perçue du participant est une trajectoire narrative et commerciale calculée.

📚 Source :Travaux de Jacques Rancière sur Le spectateur émancipé via Google Scholar

En quoi l’intégration de capteurs biométriques et de la data-sculpture sur scène dépasse-t-elle le gadget pour devenir un véritable agent dramaturgique autonome ?
L’œuvre de Stelarc démontre que le corps augmenté n’est pas une prothèse mais une extension de l’agentivité. Les capteurs biométriques transforment les données physiologiques en matière scénique brute, créant une data-sculpture en temps réel. Le paradoxe est que cette hyper-présence du corps biologique est entièrement médiatisée, questionnant la notion même de “liveness”. Cette interface homme-machine trouve des applications directes dans les simulateurs de vol militaires pour l’entraînement à la gestion du stress et dans le biofeedback pour la rééducation neurologique.

📚 Source :Travaux de Stelarc sur le Corps augmenté via Cairn.info

Comment le théâtre postdramatique, en déconstruisant la primauté du texte, génère-t-il du sens politique non par la représentation mais par la présentation ?
Le théâtre postdramatique, théorisé par Hans-Thies Lehmann, déplace le focus du drame vers la situation théâtrale elle-même. Le sens émerge de la co-présence des corps, des matériaux et des sons dans l’espace. La critique pointe un risque d’hermétisme élitiste, où l’acte politique se dissout dans l’esthétisme pur. Pourtant, ses stratégies de fragmentation et de choc sensoriel sont massivement cooptées par le marketing expérientiel pour créer des “moments” de marque mémorables, prouvant l’efficacité de la “présentation” sur la “représentation”.

📚 Source :Travaux de Hans-Thies Lehmann sur le Théâtre postdramatique via Wikipedia (FR)


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