Image satellite de la RDC avec superposition de données d'analyse LIDAR et radar.

Télédétection Optique Spatiale, Radar et Gestion des Données LIDAR

Traitement des données altimétriques lidar et imagerie radar active

Édition 2026 – Réforme LMD – Enseignement supérieur et universitaire en RDC.

  • Code Officiel : TOS2121
  • Domaine : Sciences et Technologie
  • Filière : Télédétection
  • Mention : Physique Spatiale (PSP)
  • Année d’étude : Master 1
  • Semestre : Semestre 2
Consulter les Modalités, Compétences et Débouchés

Cette Unité d’Enseignement, valorisée à 6 crédits ECTS, est structurée autour de deux piliers fondamentaux et complémentaires. L’essentiel de la formation, représentant 4 crédits, est consacré à l’Élément Constitutif Télémétrie Acquisition Traitement et Correction des Images Satellitaires, qui plonge les étudiants au cœur des technologies d’observation de la Terre. Cette base est complétée par un second module de 2 crédits, la Base des Données Géo hydro Statistique, qui fournit les outils indispensables pour organiser et interroger les vastes ensembles de données géospatiales collectées.

Au-delà des aspects techniques, cette UE vise à développer une expertise directement applicable aux grands défis contemporains. Les étudiants apprendront à traiter et analyser les images satellitaires avancées, non pas comme un simple exercice technique, mais pour évaluer concrètement les ressources naturelles telles que les forêts et les gisements miniers, ou pour anticiper les risques climatiques comme les inondations et les sécheresses. La capacité à modéliser et digitaliser l’information géographique devient alors un levier stratégique pour la prévision environnementale, permettant de transformer les données brutes en décisions éclairées pour un aménagement durable du territoire.

Les compétences acquises ouvrent la voie à des carrières de pointe, hautement stratégiques pour le marché de l’emploi en RDC. Le diplômé pourra s’épanouir en tant qu’Expert en Télédétection spatiale, pilotant la surveillance des ressources minières et forestières du bassin du Congo. En devenant Ingénieur Géophysicien et Modélisateur climatique, il contribuera à la prédiction des impacts du changement climatique sur l’agriculture et les ressources en eau. Enfin, en tant que Spécialiste en Systèmes d’Information Géographique (SIG), il jouera un rôle crucial dans la planification urbaine, la gestion des infrastructures et la réponse aux crises humanitaires, transformant l’information géographique en un atout pour le développement national.

SOMMAIRE NAVIGABLE

PRÉLIMINAIRES

I. Épistémologie et Enjeux Scientifiques du Domaine

L’observation de la Terre a muté, passant d’une simple photo-interprétation qualitative à une science quantitative rigoureuse. Cette transition épistémologique repose sur la fusion de la physique des ondes, de l’informatique massive et de la modélisation statistique. L’enjeu n’est plus de voir, mais de mesurer, quantifier et prédire des phénomènes à l’échelle planétaire à partir de signatures spectrales, de retours radar ou de points d’élévation laser. La discipline exige désormais une maîtrise ontologique des capteurs et des algorithmes pour extraire une information sémantique fiable des données brutes.

II. Cartographie des Compétences et Transversalité

Traiter l’imagerie satellitaire avancée constitue une méta-compétence irriguant de multiples secteurs. L’analyse des données géospatiales transcende la physique spatiale pour devenir un outil décisionnel en agronomie (suivi des cultures), en géologie (prospection minière), en génie civil (surveillance d’infrastructures) et en santé publique (cartographie des vecteurs de maladies). La modélisation de l’information géographique devient ainsi le langage commun entre le climatologue prédisant une inondation, l’urbaniste planifiant l’extension de Kinshasa et le biologiste évaluant la fragmentation d’un habitat forestier.

III. Alignement Stratégique avec les Réalités Opérationnelles

Face à l’urgence de la gestion durable des ressources en RDC, la maîtrise de la télédétection est une compétence à très haute valeur ajoutée. Les métiers d’Ingénieur Géophysicien ou d’Expert en SIG répondent directement aux besoins de surveillance du couvert forestier, de contrôle des sites d’exploitation minière artisanale, de gestion des bassins versants du fleuve Congo et de planification urbaine. Ce cours arme les futurs spécialistes pour produire des rapports techniques et des modèles prédictifs directement exploitables par les ministères, les ONG et le secteur privé.

Chapitre I. Fondements Physiques et Mathématiques de la Télémétrie Spatiale

I.1 Interaction Onde-Matière et Signatures Spectrales

Au cœur de la télédétection réside l’interaction entre le rayonnement électromagnétique et la surface terrestre. Chaque matériau, qu’il s’agisse d’eau, de végétation ou de roche, possède une signature spectrale unique, véritable carte d’identité de sa composition chimique et de son état physique. Ce sous-chapitre déconstruit les phénomènes d’absorption, de réflexion et d’émission qui gouvernent ces signatures. La maîtrise de ces principes physiques est la condition sine qua non pour interpréter correctement une image satellitaire et en extraire une information thématique pertinente et quantifiable.

I.2 Traitement du Signal et Algorithmique Matricielle

La transformée de Fourier constitue l’outil mathématique fondamental pour décomposer le signal satellitaire et analyser ses composantes fréquentielles. Ce segment aborde l’algèbre linéaire et le calcul matriciel comme le socle de tout traitement d’image, de la simple convolution pour le rehaussement de contraste aux analyses en composantes principales (ACP) pour la réduction de dimensionnalité. L’étudiant apprendra à manipuler les pixels non comme des couleurs, mais comme des vecteurs dans un espace multidimensionnel, préparant le terrain pour les classifications automatiques complexes.

I.3 Limites Atmosphériques et Incertitudes de la Mesure

L’hypothèse d’une mesure parfaite est une fiction scientifique. La traversée de l’atmosphère par le signal électromagnétique induit des distorsions radiométriques majeures, dues à la diffusion de Rayleigh, de Mie et à l’absorption par les gaz. Cette section analyse de manière critique l’impact de ces perturbations sur la qualité de la donnée et l’incertitude qui en découle. Comprendre ces limites est essentiel pour ne pas sur-interpréter les résultats et pour mettre en œuvre des stratégies de correction atmosphérique robustes, une étape cruciale de la chaîne de prétraitement.

I.4 Application : Calibration de Capteurs pour le Contexte Équatorial

Sous la forte humidité et la charge en aérosols du climat équatorial congolais, les modèles de correction atmosphérique standards montrent leurs faiblesses. Cet exercice pratique simule la calibration d’un capteur virtuel pour ce contexte spécifique. En s’appuyant sur des données de terrain (mesures spectroradiométriques) issues de sites de référence en RDC, l’étudiant développera un algorithme de correction localisé. L’objectif est de produire des cartes de réflectance de surface fiables, indispensables pour le suivi quantitatif de la biomasse forestière ou de la qualité de l’eau.

Chapitre II. Imagerie Optique Spatiale : Acquisition et Corrections Radiométriques

II.1 Concepts des Capteurs Passifs : de l’Image Panoramique au Multispectral

Les capteurs optiques passifs, à l’instar des familles Landsat ou Sentinel-2, fonctionnent en captant la lumière solaire réfléchie par la Terre. Leur architecture définit la résolution spatiale, spectrale, radiométrique et temporelle de la donnée acquise. Ce segment dissèque la conception des systèmes à balayage (“whiskbroom” et “pushbroom”) et la physique des filtres qui permettent de séparer le signal en différentes bandes spectrales. Comprendre cette ingénierie est vital pour choisir le capteur le plus adapté à une problématique donnée, qu’il s’agisse de cartographie détaillée ou de suivi à large échelle.

II.2 Chaîne de Correction Radiométrique et Géométrique

Une image brute sortie du satellite est une matrice de comptes numériques (DN) inutilisable en l’état. La conversion de ces DN en unités physiques de radiance, puis de réflectance, constitue la correction radiométrique, une étape non négociable pour toute analyse quantitative. Parallèlement, la correction géométrique (orthorectification) assure le repositionnement exact de chaque pixel sur un système de coordonnées terrestre. Ce sous-chapitre détaille les algorithmes et les modèles numériques de terrain (MNT) employés pour réaliser ces prétraitements fondamentaux.

II.3 Critique des Indices de Végétation et Biais d’Interprétation

L’indice de végétation par différence normalisée (NDVI) est un outil puissant mais souvent utilisé de manière abusive. Sa saturation dans les zones de forte biomasse, comme les forêts denses du bassin du Congo, et sa sensibilité aux effets de sol dans les zones arides, limitent sa fiabilité. Cette section propose une analyse critique du NDVI et de ses dérivés (EVI, SAVI). Elle démontre comment une application aveugle de ces indices, sans compréhension de leurs fondements radiométriques, peut conduire à des conclusions erronées sur la santé de la végétation.

II.4 Mise en Situation : Cartographie de l’Agriculture sur Brûlis près de Kisangani

L’agriculture itinérante sur brûlis est un moteur majeur de la déforestation en RDC, mais ses parcelles sont souvent de petite taille et temporaires. Ce cas pratique utilise une série temporelle d’images Sentinel-2 pour cartographier l’expansion de cette pratique autour de Kisangani. L’étudiant devra mettre en œuvre une chaîne de traitement complète, incluant les corrections atmosphériques, le calcul d’indices spectraux pertinents et une classification supervisée. Le livrable sera une carte validée de la dynamique spatio-temporelle des zones de culture, un outil clé pour les politiques d’aménagement du territoire.

Chapitre III. Principes et Traitement de l’Imagerie Radar à Synthèse d’Ouverture (RSO)

III.1 Physique de la Rétrodiffusion Radar et Géométrie d’Acquisition

Contrairement aux capteurs optiques, le radar est un système actif qui émet son propre signal micro-onde et analyse son écho. La physique de la rétrodiffusion est gouvernée par la géométrie de la cible (rugosité) et ses propriétés diélectriques (teneur en eau). Ce sous-chapitre expose les fondements de l’imagerie RSO, incluant les notions de polarisation (HH, VV, HV, VH) et les distorsions géométriques inhérentes (foreshortening, layover, shadow). La maîtrise de ces concepts est impérative pour exploiter la capacité unique du radar à voir à travers les nuages.

III.2 Filtrage du Speckle et Calibration Polarimétrique

L’aspect granuleux des images radar, appelé “speckle”, est un bruit multiplicatif inhérent au processus d’acquisition cohérente. Sa réduction est une étape de prétraitement obligatoire pour toute analyse thématique. Cette section détaille les algorithmes de filtrage adaptatifs (Lee, Frost, Gamma-MAP) qui préservent les contours tout en homogénéisant les zones uniformes. Elle aborde également la calibration polarimétrique, processus rigoureux qui transforme l’image brute en une matrice de covariance ou de cohérence, prête pour une analyse physique quantitative.

III.3 Limites de l’Interférométrie (InSAR) en Milieu Végétal Dense

L’interférométrie radar (InSAR) est une technique révolutionnaire pour mesurer des déformations millimétriques du sol ou générer des modèles numériques d’élévation. Cependant, sa performance s’effondre dans les zones de végétation dense comme les forêts équatoriales. La décorrélation temporelle due au mouvement du couvert végétal entre deux acquisitions satellitaires y détruit la phase interférométrique. Cette analyse critique expose les verrous scientifiques et techniques de l’InSAR en milieu tropical, poussant à l’exploration de nouvelles longueurs d’onde (bande P) ou d’approches alternatives.

I.4 Application : Suivi des Inondations dans la Cuvette Centrale Congolaise

La Cuvette Centrale est une vaste zone de forêts marécageuses, perpétuellement couverte de nuages et sujette à des inondations saisonnières. Sa surveillance est impossible avec l’imagerie optique. Ce cas d’étude mobilise des images radar Sentinel-1 pour cartographier l’étendue des eaux de surface sous le couvert forestier. L’étudiant appliquera des techniques de seuillage sur le signal rétrodiffusé, qui est fortement atténué par l’eau. Le résultat est une cartographie dynamique des zones inondées, information vitale pour la gestion des ressources et la prévention des risques sanitaires.

Chapitre IV. Technologie LIDAR : De l’Acquisition du Nuage de Points à la Modélisation 3D

IV.1 Fondements de la Télémétrie Laser et Systèmes Aéroportés

Le LiDAR (Light Detection and Ranging) est une technologie de télédétection active qui mesure la distance en analysant le temps de vol d’une impulsion laser. Embarqué sur un aéronef (avion ou drone), il génère un nuage de points tridimensionnel d’une densité et d’une précision inégalées. Ce segment décortique l’architecture d’un système LiDAR aéroporté, incluant le scanner laser, le récepteur GPS pour la position et l’unité de mesure inertielle (IMU) pour l’orientation. Comprendre la synergie de ces trois composants est fondamental pour appréhender la qualité de la donnée finale.

IV.2 Algorithmes de Classification et de Filtrage du Nuage de Points

Un nuage de points LiDAR brut contient des millions, voire des milliards de points représentant le sol, la végétation, les bâtiments et le bruit. L’étape cruciale consiste à filtrer et classifier ces points pour en extraire une information sémantique. Ce sous-chapitre présente les algorithmes itératifs et morphologiques permettant de séparer les points “sol” des points “non-sol”. Il aborde ensuite les méthodes de classification (par machine learning ou par règles) pour identifier la végétation à différents étages ou les infrastructures humaines.

IV.3 Analyse Critique : Densité, Pénétration et Coût d’Acquisition

La puissance du LiDAR a un coût. Le déploiement d’une campagne d’acquisition aéroportée est onéreux et logistiquement complexe, un frein majeur dans le contexte africain. De plus, la performance de la technologie dépend de paramètres critiques : la densité de points au mètre carré et la capacité de l’impulsion laser à pénétrer le couvert végétal. Une faible densité ou une canopée trop fermée peuvent rendre impossible la modélisation précise du sol. Cette section analyse de manière pragmatique le triptyque coût-densité-pénétration pour un dimensionnement réaliste des projets.

IV.4 Mise en Situation : Modélisation du Risque d’Érosion dans les Collines de Goma

La ville de Goma et ses environs sont caractérisés par un relief volcanique accidenté et une forte pression anthropique, créant des risques d’érosion et de glissements de terrain. À partir d’un jeu de données LiDAR fourni, l’étudiant devra générer un modèle numérique de terrain (MNT) de très haute résolution. En dérivant de ce MNT des cartes de pente et d’accumulation de flux, il réalisera une modélisation spatiale du risque d’érosion. Ce produit cartographique est un outil d’aide à la décision direct pour les autorités locales en matière d’urbanisme préventif.

Chapitre V. Structuration et Gestion des Bases de Données Géospatiales Massives

V.1 Paradigmes des Bases de Données : du Relationnel au NoSQL

Face au volume exponentiel des données géospatiales (Big Data), le modèle relationnel classique (SQL) montre ses limites en termes de scalabilité et de flexibilité. Ce sous-chapitre introduit les paradigmes alternatifs NoSQL (Not only SQL), tels que les bases de données orientées document, colonne ou graphe, qui sont mieux adaptés à la gestion de données hétérogènes et massives. L’accent est mis sur la compréhension des architectures distribuées et du théorème CAP (Consistency, Availability, Partition tolerance) pour choisir le système de gestion de base de données (SGBD) adéquat.

V.2 Modélisation Conceptuelle et Implémentation avec PostGIS

PostGIS, l’extension spatiale du SGBD open-source PostgreSQL, est le standard de facto pour le stockage et l’analyse de données géographiques structurées. Cette section guide l’étudiant dans la modélisation conceptuelle d’une base de données géo-hydrographique, de la définition des entités (rivières, bassins versants, stations de mesure) et de leurs relations à l’implémentation physique. Il apprendra à manipuler les types de données géométriques (points, lignes, polygones) et à exécuter des requêtes spatiales complexes directement en langage SQL.

V.3 Enjeux de l’Interopérabilité et Standards de l’OGC

Une base de données fonctionnant en silo perd une grande partie de sa valeur. L’interopérabilité, soit la capacité des systèmes à échanger et utiliser des données géospatiales, est un enjeu stratégique. Ce segment analyse de manière critique le rôle de l’Open Geospatial Consortium (OGC) et de ses standards (WMS, WFS, WCS) qui agissent comme des protocoles de communication universels. La discussion portera sur les difficultés d’implémentation de ces normes dans des contextes à faible bande passante et la nécessité de solutions pragmatiques et frugales.

V.4 Application : Conception d’une Base de Données pour le Suivi Hydrologique du Fleuve Congo

Le bassin du fleuve Congo est un système hydrologique complexe dont le suivi nécessite l’intégration de multiples sources de données : mesures de débit in-situ, hauteurs d’eau par altimétrie satellitaire, et limites des plaines d’inondation par imagerie radar. La mission de l’étudiant est de concevoir le schéma complet d’une base de données PostGIS capable d’accueillir, de structurer et de lier ces informations hétérogènes. Ce travail de conception est la première étape vers la création d’un système d’information hydrologique opérationnel pour le bassin.

Chapitre VI. Modélisation Géo-hydro-statistique pour l’Analyse des Risques Environnementaux

VI.1 Concepts de la Géostatistique : Variogramme et Krigeage

La géostatistique offre un cadre théorique pour analyser et prédire des variables spatialisées, en partant du principe que les points proches sont plus semblables que les points éloignés (autocorrélation spatiale). Le variogramme est l’outil qui permet de modéliser cette structure spatiale. Ce sous-chapitre se concentre sur le krigeage, une méthode d’interpolation optimale qui fournit non seulement une estimation en un point non mesuré, mais aussi une variance de cette estimation, quantifiant ainsi l’incertitude de la prédiction.

VI.2 Outils de Modélisation Spatiale et Analyse Multicritères

La modélisation du risque environnemental repose rarement sur un seul facteur. L’analyse spatiale multicritères permet de combiner différentes couches d’information (pente, proximité des rivières, type de sol, etc.) pour produire une carte de vulnérabilité synthétique. Cette section présente les outils de l’algèbre cartographique et les méthodes de pondération (par exemple, le processus d’analyse hiérarchique – AHP) pour intégrer ces facteurs. L’étudiant apprendra à construire des modèles logiques et reproductibles au sein d’un Système d’Information Géographique (SIG).

VI.3 Critique de la Stationnarité et Validation des Modèles Prédictifs

La plupart des modèles géostatistiques reposent sur une hypothèse de stationnarité (la structure spatiale est la même sur toute la zone d’étude), une condition rarement remplie dans les environnements naturels complexes. Cette section analyse de manière critique les limites de cette hypothèse et présente des approches alternatives. Elle insiste surtout sur l’importance capitale de la validation des modèles : une carte prédictive, aussi esthétique soit-elle, n’a aucune valeur scientifique sans une évaluation rigoureuse de sa performance à l’aide de données indépendantes.

VI.4 Application : Modélisation du Risque de Glissement de Terrain à Bukavu

La ville de Bukavu, construite sur des collines abruptes au bord du lac Kivu, est chroniquement affectée par des glissements de terrain meurtriers. En utilisant les compétences acquises, l’étudiant va intégrer un MNT dérivé de données LiDAR/Radar, une carte d’occupation du sol issue de l’imagerie optique et des données pluviométriques. Il devra construire un modèle de susceptibilité aux glissements de terrain via une analyse multicritères. Le résultat est un outil de zonage du risque, directement utilisable pour la planification urbaine et l’alerte précoce des populations.

ANNEXES

A. Guide Pratique de QGIS pour l’Expert SIG en Contexte Africain

QGIS, logiciel libre et open-source, représente la solution la plus robuste et accessible pour un Spécialiste SIG opérant avec des contraintes budgétaires. Cette annexe n’est pas un manuel, mais un guide stratégique. Elle démontre comment configurer QGIS pour une performance optimale sur des machines modestes, comment utiliser ses extensions pour se connecter aux services de données mondiaux (OpenStreetMap, données climatiques) même avec une connexion internet intermittente, et comment automatiser des chaînes de traitement cartographique pour produire rapidement des rapports standardisés pour les ministères ou les ONG locales.

B. Protocole Opérationnel de la Boîte à Outils SNAP pour l’Ingénieur Télédétection

La Sentinel Application Platform (SNAP), fournie gratuitement par l’Agence Spatiale Européenne, est l’outil indispensable pour le prétraitement des données Sentinel-1 (Radar) et Sentinel-2 (Optique). Cet appendice fournit un protocole de terrain pour l’Ingénieur Télédétection. Il détaille la séquence exacte des étapes pour passer d’un produit brut à une donnée corrigée et prête à l’analyse (calibration, filtrage du speckle, orthorectification), en utilisant le “Graph Builder” pour créer des flux de travail automatisés. L’objectif est de garantir la rigueur et la reproductibilité des analyses, un critère essentiel pour la production de livrables scientifiques.

C. Flux de Travail avec CloudCompare et PDAL pour le Géophysicien Modélisateur

Pour le Géophysicien ou le Modélisateur climatique, manipuler des nuages de points LiDAR de plusieurs milliards de points est un défi computationnel. Cette annexe présente un flux de travail frugal combinant CloudCompare pour la visualisation 3D et l’analyse interactive, et la PDAL (Point Data Abstraction Library) pour le traitement en ligne de commande. Elle montre comment segmenter, filtrer et sous-échantillonner des fichiers massifs sur un poste de travail standard, sans recourir à des serveurs de calcul coûteux, pour en extraire des modèles numériques de terrain ou des métriques de canopée forestière.

De la Théorie à la Praxis : Enjeux de la Télédétection en Contexte Opérationnel Africain
Comment la quête de précision des images à très haute résolution peut-elle paradoxalement nuire à la cartographie en Afrique ?
Ce paradoxe révèle un défi majeur en géomatique. La course à la résolution peut engendrer ce que Paul F. Hutsut nomme une ‘tyrannie du pixel’, où l’excès de détails masque les structures écologiques recherchées. Dans les paysages hétérogènes du bassin du Congo, une image à 30 cm peut détailler un arbre mais échouer à qualifier l’état de la forêt. Les travaux de Hutsut sur le concept de ‘scale-in-ecology’ (échelle en écologie) nous rappellent que l’échelle optimale dépend du phénomène. Pour le suivi de la déforestation régionale, un capteur synoptique comme Sentinel-2 est souvent plus pertinent et efficace qu’une mosaïque complexe d’images WorldView-3.

📚 Source :Travaux de Paul F. Hutsut sur le concept de Scale-in-Ecology via JSTOR

Face à la couverture nuageuse quasi permanente en RDC, comment garantir un suivi temporel fiable avec des capteurs optiques ?
La nébulosité est l’obstacle principal en RDC. Au lieu d’attendre l’image parfaite, il faut déployer des approches algorithmiques robustes. Le concept de ‘Continuous Change Detection and Classification’ (CCDC) de Zhe Zhu et Curtis E. Woodcock est ici une arme décisive. Cet algorithme ne compare pas des paires d’images mais modélise la série temporelle complète pour chaque pixel, identifiant et ignorant les observations contaminées (nuages, ombres). En se basant sur les données valides, il établit un modèle de saisonnalité et de tendance, permettant de détecter des changements réels comme la déforestation dès leur apparition, malgré le bruit atmosphérique constant.

📚 Source :Travaux de Zhe Zhu & Curtis E. Woodcock sur le CCDC via Google Scholar

Un glissement de terrain vient d’isoler une mine au Kivu. Comment évaluer rapidement les dégâts sans accès terrestre ?
C’est une situation d’urgence où la télédétection devient un outil de premier secours. L’approche doit être un ‘triage’ rapide des besoins en information, un concept que David L. Strayer a appliqué à l’écologie. Premièrement, une acquisition radar (Sentinel-1 ou TerraSAR-X) est impérative pour percer les nuages et la poussière, afin de générer un modèle numérique de surface post-événement par interférométrie. Cela quantifie immédiatement le volume et l’étendue du glissement. Simultanément, une tâche urgente sur des capteurs optiques à très haute résolution (Pleiades) est demandée pour, si le ciel se dégage, identifier les infrastructures critiques touchées et les zones de risque résiduel.

📚 Source :Travaux de David L. Strayer sur le concept de Triage via ScienceDirect

Au-delà des données brutes, quel est le facteur non technique le plus critique pour le succès des projets LiDAR en Afrique ?
Le facteur le plus critique est l’ancrage local et la participation des communautés, un principe formalisé par Sherry Arnstein dans son ‘Échelle de la participation citoyenne’. Un projet LiDAR, même techniquement parfait, échouera s’il est perçu comme une simple extraction de données exogène. Pour qu’un modèle numérique de terrain soit utile, il doit répondre à des questions locales : gestion foncière, risques d’inondation, planification agricole. En gravissant l’échelle d’Arnstein, on passe de la simple information à un partenariat réel où les communautés ne sont pas des sujets d’étude, mais des co-créateurs et les premiers utilisateurs de la connaissance géospatiale générée.

📚 Source :Travaux de Sherry Arnstein sur l’Échelle de la participation citoyenne via Wikipedia (FR)


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