ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE
Niveau : CM1 — Enseignement de Base
Curriculum Officiel – Approche par Compétences (APC) – MINEDUB / MINESEC Cameroun.
PRÉLIMINAIRES
I. Le corps en mouvement, le citoyen en devenir
L’Éducation Physique et Sportive au CM1 fonde la conscience du corps comme premier outil d’apprentissage. Chaque mouvement, chaque course, chaque saut est une leçon de physique, de biologie et de géométrie vécue. L’enfant apprend que son corps est capable, adaptable et puissant. Il découvre les lois de l’équilibre, de la force et de la vitesse non pas dans un livre, mais dans le sable de la cour de récréation à Kribi ou sur les terrains en pente de Bamenda.
L’ambition de ce programme est de transformer l’activité physique spontanée en un geste maîtrisé et intentionnel. En guidant l’élève de l’agitation à l’action coordonnée, l’enseignant l’amène à comprendre les mécanismes de son propre corps. Cette étape scelle la maîtrise des fondamentaux psychomoteurs, socle de toute performance future.
II. Des gestes fondamentaux aux jeux collectifs
La performance individuelle est la première étape. Courir vite, sauter haut, lancer loin sont des victoires personnelles qui construisent la confiance. Rapidement, ces compétences individuelles sont mises au service du collectif. Le jeu de “déménageurs” ou la passe à dix enseignent que la réussite du groupe dépend de la contribution précise de chacun. L’élève apprend à communiquer sans les mots, par un geste, un regard, un placement sur le terrain.
L’axe pédagogique de cette progression repose sur le passage de l’égocentrisme moteur à l’intelligence collective. Le maître organise des situations où la coopération est plus efficace que l’exploit solitaire. L’élève s’approprie ainsi les notions de stratégie, de rôle et de responsabilité au sein d’une équipe.
III. Du Sahel à la côte : l’EPS sur le sol camerounais
Le climat de Garoua impose une gestion de l’effort différente de celle requise par l’air humide de Douala. Les jeux d’adresse pratiqués dans les villages de l’Ouest sur des terrains accidentés développent une proprioception unique. Ce manuel ancre chaque leçon dans les réalités géographiques, climatiques et culturelles du Cameroun. Il utilise les danses patrimoniales comme le Bikutsi pour travailler le rythme et les jeux traditionnels pour introduire des règles complexes.
Cette contextualisation systématique permet de donner du sens à l’effort. L’enseignant est invité à exploiter l’environnement immédiat de l’école comme un gymnase à ciel ouvert. La compétence finale forgée ici est la capacité d’adapter son effort et sa technique à un environnement donné.
Chapitre I. La Maîtrise des Appuis et de la Vitesse
I.1. Le défi du coureur des hauts-plateaux
Sur les collines de Bafoussam, un bon coureur ne regarde pas seulement devant lui, il sent le sol sous ses pieds. Une course efficace commence par un appui solide et une poussée dynamique. L’élève apprend à utiliser la plante de son pied comme un ressort pour se propulser vers l’avant, en gardant le buste droit et le regard lointain. Les bras, synchronisés avec les jambes, équilibrent et accélèrent le mouvement.
En exploitant cette observation, l’objectif est de décomposer la course en phases distinctes : appui, poussée, suspension. Le maître utilise des exercices de “montées de genoux” et “talons-fesses” pour isoler les mouvements. L’élève ancre ainsi la dissociation segmentaire pour une course économique et rapide.
I.2. La science du départ et de l’arrivée
La différence entre deux coureurs se joue souvent dans les premiers et les derniers mètres. Un départ explosif nécessite une position stable et une anticipation du signal. L’élève découvre la posture “prêt à bondir”, penché vers l’avant, qui transforme l’immobilité en vitesse maximale. À l’inverse, un arrêt contrôlé prévient les chutes et démontre une parfaite maîtrise de son élan.
La mise en œuvre didactique vise à créer des automatismes. Par des jeux de signaux sonores et visuels (taper des mains, lever un foulard), l’enseignant travaille le temps de réaction. Pour l’arrivée, des zones précises à atteindre conditionnent la décélération. Le savoir-faire consolidé est la gestion consciente de l’accélération et de la décélération.
I.3. L’art de l’esquive sur le marché de Mfoundi
Le marché central de Yaoundé est un ballet permanent où chacun évite les obstacles avec agilité. En EPS, cette agilité se traduit par la capacité à changer de direction brusquement sans perdre de vitesse. L’élève apprend à abaisser son centre de gravité et à utiliser des appuis courts et rapides pour dribbler un adversaire ou contourner un plot.
Cette phase permet de consolider la coordination et l’équilibre dynamique. Le maître met en place des parcours de slalom de plus en plus complexes, en variant les distances et les angles. L’élève s’approprie ainsi la technique du changement d’appui pour se déplacer efficacement dans un espace contraint.
I.4. La grande course de relais de l’Adamaoua
À Ngaoundéré, la transmission des savoirs est aussi importante que le savoir lui-même. En course de relais, la vitesse individuelle ne suffit pas ; la qualité de la transmission du témoin est cruciale. Les élèves doivent parfaitement synchroniser leur course, communiquer pour donner et recevoir le témoin dans une zone définie, sans ralentir.
Le point de vigilance pour l’enseignant est la synchronisation inter-individuelle. L’exercice se concentre sur le “donneur” qui doit tendre le bras et le “receveur” qui doit démarrer au bon moment sans se retourner. La compétence intégrée exacte est la synchronisation de ses actions avec celles d’un partenaire dans un effort collectif visant la performance.
Chapitre II. L’Équilibre du Corps et le Rythme du Geste
II.1. Le funambule sur le tronc de manguier
Traverser un petit ruisseau sur un tronc d’arbre demande un équilibre parfait. Cette situation naturelle enseigne les principes de la gymnastique au sol. L’élève apprend à marcher sur une ligne tracée, puis sur une poutre basse, en fixant un point devant lui et en utilisant ses bras comme balancier pour ajuster sa stabilité.
L’axe pédagogique de cette séquence est la prise de conscience du centre de gravité. Le maître propose des situations de déséquilibre contrôlé (marcher à reculons, porter un objet léger) pour forcer l’élève à ajuster sa posture. Ceci constitue le socle de la compétence de maintien d’un équilibre statique et dynamique sur une surface réduite.
II.2. Les figures au sol du parc de Waza
Les animaux du parc de Waza se roulent, s’étirent et bondissent avec une aisance naturelle. L’élève explore ces mouvements fondamentaux : la roulade avant pour protéger sa nuque, la roulade arrière, la chandelle pour gainer son corps. Chaque figure est une combinaison de force, de souplesse et de coordination.
L’objectif ici est la construction d’un enchaînement simple et sécurisé. L’enseignant insiste sur les postures de départ et d’arrivée pour chaque élément. Le savoir-faire qui en résulte est l’exécution autonome et contrôlée de figures gymniques de base.
II.3. La pulsation du danseur d’Assiko
La danse Assiko du peuple Bassa est fondée sur un rythme des hanches et des épaules qui semble dissocier le haut et le bas du corps. En classe, l’élève écoute une percussion simple (tambourin, claquement de mains) et apprend à marquer le tempo avec ses pieds, puis à y ajouter des mouvements de bras, de tête, en respectant la pulsation.
La démarche didactique consiste à partir du rythme interne de l’élève (le battement de son cœur, sa marche) pour aller vers un rythme externe imposé. Le maître varie les cadences pour travailler l’écoute et l’adaptabilité motrice. L’élève s’approprie ainsi la capacité de synchroniser ses mouvements sur une musique ou un rythme donné.
II.4. La chorégraphie du cacaoyer
Créer une petite chorégraphie, c’est raconter une histoire avec son corps. Les élèves, en petits groupes, choisissent un thème simple (la croissance d’une plante, le travail du pêcheur à Limbé) et doivent combiner trois mouvements appris : un déplacement, un équilibre et un saut. Ils doivent les organiser dans l’espace et dans le temps pour créer un ensemble cohérent.
Cette phase de création est l’aboutissement du chapitre. L’enseignant agit comme un facilitateur, aidant les groupes à structurer leurs idées et à synchroniser leurs mouvements. La compétence finale forgée ici est la capacité à composer et à présenter une séquence de mouvements simples, expressifs et synchronisés en groupe.
Chapitre III. Coopérer, S’opposer et Respecter les Règles
III.1. Le jeu de l’épervier dans la cour
Dans le jeu de l’épervier, un joueur (l’épervier) doit toucher les autres (les poissons) qui traversent la cour. Cette situation simple oppose un chasseur à un groupe. Les “poissons” apprennent vite qu’en courant en groupe dispersé, ils créent des diversions et augmentent leurs chances de survie. Ils coopèrent sans se concerter.
L’enjeu didactique est de faire émerger les premières stratégies collectives de manière implicite. Le maître observe et fait verbaliser les élèves sur les solutions qui fonctionnent (“Pourquoi a-t-il réussi à passer ?”). L’élève intègre ainsi la notion de coopération spontanée face à un adversaire commun.
III.2. Les règles du jeu de “Balle au prisonnier”
Un jeu sans règles est une agitation chaotique. Les règles du jeu de “Balle au prisonnier” définissent l’espace, le but (toucher les adversaires), les contraintes (ne pas entrer dans le camp adverse) et la sanction (devenir prisonnier). Comprendre et accepter ces règles est la condition pour pouvoir jouer.
Le rôle de l’enseignant est celui d’un arbitre-formateur. Il explique, démontre et fait respecter la règle de manière stricte mais juste. Il montre que la règle protège les joueurs et garantit l’équité. Le savoir-faire consolidé est l’acceptation et l’application d’une règle commune dans une situation de jeu.
III.3. La passe à dix : l’art de se démarquer
Pour réussir dix passes consécutives sans que l’adversaire n’intercepte la balle, il ne suffit pas de bien lancer. Il faut surtout que les coéquipiers se rendent disponibles, qu’ils créent des espaces libres en se déplaçant. Le porteur du ballon a plusieurs solutions ; le non-porteur a la responsabilité de lui en offrir.
L’accent est mis sur le jeu sans ballon. Le maître fige le jeu et demande : “Qui pouvait recevoir la balle ? Où aurais-tu dû te placer pour aider ton camarade ?”. Cette démarche développe la lecture du jeu. L’élève s’approprie ainsi le principe fondamental du démarquage pour assurer la continuité du jeu.
III.4. Le mini-tournoi de football de la réconciliation
Organiser un petit tournoi en classe avec des équipes mixtes est l’épreuve finale. Les élèves doivent gérer les victoires avec humilité et les défaites avec fair-play. Ils apprennent à serrer la main de l’adversaire, à contester une décision auprès de l’arbitre avec respect, et à encourager un coéquipier qui a fait une erreur.
La situation d’évaluation porte autant sur le résultat que sur le comportement. L’enseignant valorise les gestes de fair-play au même titre qu’un beau but. Il instaure un débriefing après chaque match pour analyser les points de jeu et les attitudes. La compétence intégrée est l’adoption d’un comportement respectueux et citoyen dans une situation d’opposition réglementée.
ANNEXES
A. Lexique des gestes sportifs illustrés
Appui : Contact du pied avec le sol. L’appui est la base de tout déplacement.
Gainer : Contracter les muscles du ventre et du dos pour rendre le tronc rigide et transmettre les forces.
Impulsion : Poussée brève et puissante des jambes pour sauter ou démarrer une course.
Réception : Action d’amortir une chute après un saut, en pliant les genoux.
Dissociation : Capacité à bouger une partie du corps indépendamment des autres (ex: bouger les bras en courant sans tordre le buste).
B. Répertoire de jeux traditionnels camerounais
1. Le “Ndolè” moteur : Jeu d’adresse et de rapidité où les élèves, en cercle, doivent passer un objet (un “pion”) de main en main sur un rythme rapide, en essayant de ne pas être le dernier à l’avoir quand la musique s’arrête. Travaille la coordination oculo-manuelle et le rythme.
2. La “Traversée du fleuve Wouri” : Jeu d’équilibre où des cerceaux (les “pirogues”) sont disposés au sol. Les élèves doivent traverser la salle en sautant d’une pirogue à l’autre sans toucher le sol (l’eau). Travaille les sauts de précision et l’équilibre.
3. Le “Mbap” (Le piège) : Jeu de poursuite en équipe. Une équipe “piège” doit former une chaîne en se tenant la main et encercler les joueurs de l’autre équipe. Travaille la coopération, la stratégie de groupe et l’endurance.
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