Couverture du manuel scolaire congolais de Dessin Artistique 2ème année des Humanités

Dessin Artistique

Niveau : 2ème Année des Humanités — Enseignement Général/Commun

Curriculum Officiel – Approche par Compétences (APC) – MINEPST RDC.

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PRÉLIMINAIRES

I. Présentation du manuel

Ce guide s’inscrit dans la continuité du programme national, en conjuguant observation du quotidien congolais et maîtrise progressive du dessin. Chaque séquence mêle description du problème, concept artistique, mise en pratique concrète et validation de la compétence. Le fil conducteur repose sur des situations familières : terrain de football, marché, fleuve, transport. L’objectif ultime est d’ancrer le geste artistique dans la vie de tous les jours, afin que chaque trait devienne un outil de communication, d’interprétation et de résolution de problèmes locaux.

PARTIE 1 : Dessiner le quotidien congolais

Chapitre I. Fondations du trait et du geste

I.1 Découverte d’un problème local : les limites du terrain de football de la cité

Dans la cour du lycée de Matete, la démarcation du terrain de football s’efface chaque saison de pluies. L’observation des marques usées révèle le besoin d’un tracé précis, durable et rapide. En étudiant les traces de craie, de sable et de peinture, le problème local se précise : comment reproduire des lignes nettes sans matériel spécialisé ? Cette situation ouvre la porte à la réflexion sur le contrôle du trait, la pression du crayon et l’orientation spatiale. La compétence acquise se traduit par la capacité à tracer des limites claires dans n’importe quel environnement.

I.2 Notion à apprendre : ligne, pression et angle du crayon

Le crayon devient l’instrument de mesure invisible du geste. La théorie du trait se construit autour de trois paramètres : direction, pression et inclinaison. En manipulant un crayon à papier sur une feuille de papier recyclé, la variation de l’angle modifie l’épaisseur, tandis que la force appliquée influence l’intensité du noir. Des exemples tirés du marquage du terrain illustrent comment un trait fin délimite les zones de jeu, alors qu’un trait épais signale les zones hors jeu. Cette maîtrise du geste forge ainsi la capacité à adapter le trait à chaque besoin graphique.

I.3 Manipulation : tracer les lignes du terrain sur papier journal

Un morceau de papier journal, largement disponible, sert de toile d’expérimentation. À l’aide d’une règle improvisée (un bord de boîte de conserve) et d’un crayon à papier, les lignes du terrain sont reproduites à l’échelle. Chaque segment est vérifié par superposition avec le plan réel du sol, assurant la correspondance. Le processus inclut le nettoyage des marques, la correction des écarts et la validation du résultat par comparaison visuelle. Cette activité concrète consolide la maîtrise du trait, permettant ainsi de reproduire avec précision tout contour requis dans la vie quotidienne.

Chapitre II. Volume et perspective dans l’espace urbain

II.1 Découverte d’un problème local : représenter la façade du marché de la Liberté

Le marché de la Liberté, cœur battant de Kinshasa, se présente sous forme de façades superposées, de toits en tôle et de rangées de stands. Les commerçants réclament une représentation claire pour planifier l’aménagement des stands. L’observation révèle que la perspective à un point unique permet de saisir la profondeur et l’organisation spatiale. Le problème local consiste à transformer une vue plate en une image qui révèle les volumes et les distances. La compétence développée porte sur la capacité à rendre visible l’espace tridimensionnel d’un lieu urbain.

II.2 Notion à apprendre : perspective à un point et volume des formes simples

La perspective à un point repose sur la convergence des lignes parallèles vers un point de fuite situé sur l’horizon. En dessinant des cubes, des parallélépipèdes et des cylindres, la règle du retrait proportionnel s’applique. Les formes simples du marché – caisses, tables, toits – sont décomposées en volumes élémentaires, puis reconstituées en perspective. Des repères visuels (lignes de fuite, lignes de base) sont intégrés directement sur le papier, facilitant la construction d’une scène crédible. Cette maîtrise du volume ouvre la porte à la représentation fiable de tout environnement urbain.

II.3 Manipulation : croquis en volume du marché sur papier recyclé

Un cahier de feuilles blanches récupérées sert de support. À l’aide d’un crayon à papier et d’une règle improvisée, le croquis débute par le tracé de l’horizon et du point de fuite. Les volumes des stands sont ensuite esquissés en respectant les proportions de retrait. Chaque forme est ombrée légèrement pour accentuer la profondeur. Le rendu final, comparé à une photo du marché, montre la concordance des volumes et des perspectives. Cette pratique confirme la capacité à dessiner avec précision les espaces urbains complexes.

Chapitre III. Couleur et lumière du quotidien

III.1 Découverte d’un problème local : identifier les teintes du coucher de soleil sur le fleuve Congo

Au crépuscule, le fleuve Congo se pare de nuances orangées, violettes et dorées. Les pêcheurs, habitués à ces changements, souhaitent pouvoir reproduire ces couleurs pour décorer leurs embarcations. L’observation directe montre que les teintes varient selon la météo, l’angle du soleil et la réflexion sur l’eau. Le défi local consiste à capter ces variations chromatiques avec des moyens simples, sans pigments coûteux. La compétence visée est la capacité à analyser et reproduire les effets de lumière et de couleur dans un contexte naturel.

III.2 Notion à apprendre : mélange des couleurs primaires et valeurs lumineuses

Le cercle chromatique se limite aux trois couleurs primaires : rouge, bleu et jaune. En combinant ces pigments sur une palette improvisée (un petit plat en plastique), les teintes secondaires et tertiaires émergent. La valeur lumineuse s’ajuste en ajoutant du blanc (pour éclaircir) ou du noir (pour assombrir). Des exercices de nuancier reproduisent les dégradés observés sur le fleuve, du rouge flamboyant à la violette profonde. Cette compréhension du mélange transforme chaque coup de pinceau en un choix éclairé, renforçant la maîtrise des effets lumineux.

III.3 Manipulation : peinture à l’aquarelle du coucher de soleil sur papier journal

Un morceau de papier journal, préalablement enduit d’une fine couche de colle pour éviter la déchirure, devient la toile. À l’aide d’aquarelles bon marché, les couleurs sont appliquées en couches humides, laissant les pigments se diffuser naturellement, imitant la brume du crépuscule. Chaque bande de couleur est superposée selon le dégradé observé, puis retouchée pour affiner les contrastes. Le résultat final, exposé au mur de la classe, témoigne d’une reproduction fidèle du spectacle du fleuve. Cette activité scelle la capacité à rendre visible la lumière du quotidien par la couleur.

Chapitre IV. Composition et narration visuelle

IV.1 Découverte d’un problème local : raconter la scène du transport en taxi‑moto à Matete

Chaque matin, les rues de Matete s’animent de taxis‑moto transportant passagers, marchandises et histoires. Les conducteurs souhaitent illustrer leurs itinéraires et leurs expériences pour attirer de nouveaux clients. L’observation du flux, des positions des passagers et des gestes du conducteur révèle un besoin de narration visuelle claire et dynamique. Le problème local consiste à organiser les éléments de la scène afin que le spectateur saisisse immédiatement l’action et le mouvement. La compétence acquise porte sur la capacité à structurer visuellement une histoire en un seul tableau.

IV.2 Notion à apprendre : règles de composition, focal et mouvement dynamique

La composition repose sur trois axes : le point focal (le conducteur), la direction du regard (les passagers) et les lignes de mouvement (les trajectoires de la moto). En appliquant la règle des tiers, le point focal s’insère dans une zone d’intérêt, tandis que les lignes diagonales suggèrent le déplacement. Le mouvement dynamique se crée en exagérant les gestes, en dessinant les roues floues et en utilisant des traits rapides. Cette approche transforme une simple scène de transport en une narration visuelle percutante.

IV.3 Manipulation : création d’une bande dessinée simple du trajet quotidien

Sur un cahier de papier à carreaux, trois cases sont dessinées pour représenter le départ, le trajet et l’arrivée. Le conducteur, les passagers et la moto sont esquissés en suivant les règles de composition étudiées. Les dialogues sont inscrits dans des bulles, tandis que les traits de vitesse soulignent le mouvement. Une fois terminée, la bande dessinée est affichée dans la salle de repos du garage, où les conducteurs l’utilisent comme support de communication. Cette réalisation confirme la capacité à raconter visuellement une situation quotidienne avec clarté et impact.

ANNEXES

A. Lexique local du dessin

Ce lexique réunit les termes techniques traduits en lingala, swahili et français, accompagnés d’exemples concrets tirés du quotidien : « trait », « couleur », « perspective », « volume ». Il sert de référence immédiate lors des activités, permettant à chaque apprenant de saisir le vocabulaire sans ambiguïté et d’appliquer les notions avec assurance dans le contexte local.

B. Fiche de sécurité du matériel artistique

La fiche décrit les consignes essentielles pour manipuler crayons, pinceaux, aquarelles et règles improvisées en toute sécurité. Elle indique les précautions contre les coupures, les inhalations de pigments et les risques de glissade sur sols humides. Un tableau de vérification rapide assure que chaque outil est en bon état avant chaque séance, garantissant ainsi un environnement de travail sain et protégé.

De la Théorie à la Pratique : Défis en RDC
► Comment gérer le manque de matériel de dessin dans les écoles rurales ?
Dans de nombreuses écoles du Sud-Kivu et du Kasaï, le manque de papier, crayons de couleur et chevalets empêche la mise en œuvre des séances d’APC. Les enseignants doivent souvent improviser avec du papier journal ou du charbon de bois, ce qui limite la précision des traits et la variété des techniques enseignées. En zone urbaine comme à Kinshasa, les fournitures sont plus accessibles, mais le coût reste prohibitif pour les familles modestes. Pour pallier ce problème, le ministère recommande la création de kits partagés entre plusieurs classes et l’utilisation de matériaux locaux (bambou, feuilles de palmier) intégrés dans la méthodologie APC, favorisant ainsi la créativité malgré les contraintes matérielles.
► Comment adapter le programme aux symboles culturels locaux ?
Les enseignants du Nord-Ubangi et du Maniema signalent que le programme de dessin artistique, hérité du modèle européen, ne prend pas en compte les symboles traditionnels comme les masques Songye ou les motifs Luba. Cette inadéquation rend difficile l’engagement des élèves, qui peinent à se reconnaître dans les sujets proposés. L’APC préconise une approche « décoloniale » où l’on intègre les formes locales dès la première séance, en demandant aux élèves de reproduire un masque ou un tatouage corporel typique de leur communauté. Ainsi, le processus créatif devient un vecteur d’identité culturelle tout en respectant les objectifs pédagogiques nationaux et contribue à la valorisation du patrimoine immatériel de chaque région.
► Quelles sont les solutions pour le manque de formation des enseignants à l’APC ?
Un autre obstacle majeur relevé dans les provinces du Katanga et du Sud-Ubangi est le manque de formation continue des enseignants aux techniques de l’APC. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais assisté à un atelier pratique sur le dessin en perspective ou sur la composition d’une œuvre à partir d’observations de la vie quotidienne. Sans ces compétences, ils se limitent à des exercices de copie qui n’encouragent pas la créativité. Le ministère, en partenariat avec l’UNESCO, organise désormais des sessions de formation itinérantes où les formateurs démontrent comment structurer une séance d’APC, préparer le matériel, guider les élèves dans l’analyse visuelle et encourager l’expérimentation progressive.
► Comment évaluer les productions artistiques en tenant compte du contexte local ?
Enfin, l’évaluation des productions artistiques dans les écoles du Bas-Congo et du Tshopo reste souvent basée sur des critères esthétiques européens, négligeant la pertinence culturelle des œuvres réalisées avec des matériaux locaux. Cette approche décourage les élèves qui voient leurs créations jugées « non conformes ». L’APC propose une grille d’évaluation hybride qui combine la maîtrise technique (proportion, contraste, usage du support) avec la capacité à mobiliser un patrimoine visuel propre à la région, comme les motifs de tissus bogolan ou les gravures sur écorce. En appliquant cette grille, les enseignants valorisent l’originalité locale tout en assurant le respect des standards nationaux.

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