
Des questions spéciales de cinéma africain et congolais
Analyse des spécificités de la création audiovisuelle sur le continent.
Édition 2026 – Réforme LMD – Enseignement supérieur et universitaire en RDC.
- Code Officiel : QSC2241
- Domaine : Domaine de Lettres, Langues et Arts
- Filière : Non spécifié
- Mention : Non spécifié
- Année d’étude : Master 2
- Semestre : Semestre 4
Consulter les Modalités, Compétences et Débouchés
Cette Unité d’Enseignement, valorisée à hauteur de 2 crédits ECTS, est intégralement dédiée à une immersion profonde dans les cinématographies du continent. Son architecture pédagogique est volontairement concentrée autour d’un unique et riche Élément Constitutif : Histoire et esthétique des cinémas d’Afrique. Cet EC unique capitalise l’ensemble des apprentissages et des évaluations, permettant aux étudiants de se consacrer pleinement à la maîtrise d’un champ de connaissance spécialisé et essentiel.
L’objectif de ce cours est de transformer les étudiants en spectateurs experts, capables de mener une analyse filmique pointue pour lire, décrypter et interpréter la richesse des œuvres cinématographiques africaines. Vous développerez une compétence cruciale pour identifier l’évolution diachronique des langages visuels et narratifs, vous permettant de contextualiser chaque film dans son époque et son courant esthétique. Cette expertise vous donnera les outils pour évaluer objectivement la contribution inestimable des cinéastes, notamment congolais, à l’économie créative mondiale, en quantifiant leur impact culturel et économique.
Les débouchés professionnels visés sont au cœur du développement du secteur audiovisuel en RDC. Le Critique de cinéma formé ici ne se contente pas de juger, il éduque le public et façonne le discours culturel national. Le Programmateur de festival audiovisuel devient un acteur clé de la scène culturelle, un curateur qui révèle les talents locaux et les connecte aux réseaux internationaux, stimulant ainsi directement l’industrie. Enfin, l’Enseignant d’histoire du cinéma assure un rôle fondamental de transmission, garantissant que l’héritage cinématographique est préservé, étudié et qu’il inspire les futures générations de créateurs sur le marché de l’emploi congolais.
- PRÉLIMINAIRES
- PARTIE 1 : FONDATIONS HISTORIQUES ET ESTHÉTIQUES DU CINÉMA AFRICAIN
- Chapitre I. Décolonisation des imaginaires : Naissance des cinémas d’Afrique
- Chapitre II. Le cinéma congolais : De l’utopie à la résilience (1960-2000)
- Chapitre III. Esthétiques et écritures filmiques contemporaines en RDC
- PARTIE 2 : Économies, Esthétiques et Écosystèmes du Cinéma Africain Contemporain
- Chapitre V. Le Cinéma Congolais : Entre Mémoire Collective et Économie de la Précarité
- Chapitre VI. Esthétiques et Formes Narratives Panafricaines
- Chapitre VII. Circulation, Diffusion et Réception des Œuvres : Le Cinéma Africain à l’Ère Numérique
- ANNEXES
PRÉLIMINAIRES
I. Fiche signalétique de l’UE
Cette Unité d’Enseignement, codifiée QSC2241, s’inscrit dans le Domaine des Lettres, Langues et Arts au quatrième semestre du cycle de Master. Dotée de 2 crédits, elle constitue un module de spécialisation pointu destiné à forger une expertise sur les cinémas africains, avec un focus chirurgical sur la production congolaise. L’approche pédagogique articule l’analyse historique, la critique esthétique et l’évaluation des enjeux socio-économiques. L’objectif est de doter le futur diplômé d’une grille de lecture rigoureuse et immédiatement opérationnelle.
II. Compétences visées et débouchés professionnels
Au terme de ce cours, l’étudiant maîtrisera l’analyse formelle et thématique des œuvres cinématographiques du continent. Il saura cartographier l’évolution des langages filmiques et identifier les ruptures stylistiques majeures, notamment en RDC. Cette expertise débouche sur des carrières précises : critique de cinéma pour des médias spécialisés, programmateur pour des festivals internationaux ou des centres culturels, et consultant pour des politiques culturelles. Il forgera la capacité d’évaluer l’impact d’un film sur l’économie créative locale.
III. Méthodologie d’évaluation
La validation des acquis repose sur une évaluation duale, conçue pour mesurer la maîtrise théorique et la capacité d’application pratique. L’étudiant produira un travail de recherche écrit de 25 pages portant sur une problématique précise du cinéma congolais, mobilisant les concepts étudiés. Cette production sera complétée par une soutenance orale devant un jury. L’évaluation sanctionne la rigueur de l’argumentation, l’originalité de l’analyse et la capacité à situer une œuvre dans son contexte de production socio-historique.
PARTIE 1 : FONDATIONS HISTORIQUES ET ESTHÉTIQUES DU CINÉMA AFRICAIN
Chapitre I. Décolonisation des imaginaires : Naissance des cinémas d’Afrique
La conférence de Bandung en 1955 a cristallisé une volonté d’émancipation politique qui trouva son corollaire culturel dans le cinéma. Ce chapitre analyse la naissance des cinémas africains comme un acte de reconquête symbolique face à l’hégémonie des représentations coloniales. En s’appuyant sur les théories du “Troisième Cinéma”, l’étude se concentre sur les stratégies narratives et esthétiques mises en œuvre pour forger un nouveau spectateur. L’étudiant y développera une compétence clé : déceler l’idéologie sous-jacente d’une œuvre filmique.
I.1 Le Décret Laval (1934) et ses conséquences
Le décret-loi de 1934, en soumettant toute production cinématographique en AOF à une autorisation gouvernementale, a institutionnalisé une censure préventive. Cette mesure a durablement stérilisé l’émergence d’un cinéma endogène dans l’espace francophone, dont le Congo belge subissait des logiques similaires. Ce sous-chapitre dissèque l’ingénierie juridique de ce contrôle et son impact sur plusieurs décennies. L’apprenant saura analyser comment un cadre légal colonial a pu façonner et retarder le développement d’une industrie culturelle nationale.
I.2 La figure du “griot” électronique : Sembène Ousmane
La posture de Sembène Ousmane, qui se définissait comme un “griot” moderne, constitue la matrice intellectuelle du cinéma politique africain. Pour lui, le film est une “école du soir” pour un peuple majoritairement analphabète. Ce segment examine comment cette vision a structuré ses œuvres, de La Noire de… à Moolaadé. En appliquant cette grille de lecture aux cinéastes kinois contemporains, l’étudiant forgera sa capacité à évaluer la fonction sociale et pédagogique d’un film dans le contexte congolais.
I.3 Le manifeste de Niamey (1982) et l’utopie panafricaniste
Face à la balkanisation des marchés, le manifeste de Niamey a tenté de poser les bases d’une production et d’une distribution cinématographique à l’échelle continentale. Ce fut une tentative politique forte de créer une souveraineté culturelle africaine. Ce sous-chapitre en étudie les ambitions, les acteurs et les raisons de son échec relatif, tout en montrant son héritage dans des institutions comme la FEPACI. L’étudiant apprendra à évaluer la viabilité économique des politiques culturelles panafricaines aujourd’hui.
I.4 Esthétiques de la rupture : Le “Troisième Cinéma”
Théorisé par les Argentins Solanas et Getino, le concept de “Troisième Cinéma” a offert un puissant outil de légitimation aux cinéastes africains des années 60-70. Il s’agissait de produire un cinéma de guérilla, opposé au modèle commercial hollywoodien et au cinéma d’auteur européen. Ce segment analyse l’application de ces principes dans les premières œuvres postcoloniales. L’étudiant sera capable de classer un film selon cette typologie et d’en justifier les marqueurs esthétiques et politiques.
Chapitre II. Le cinéma congolais : De l’utopie à la résilience (1960-2000)
L’indépendance de 1960 a ouvert une brèche pour un cinéma national, une promesse rapidement confrontée aux tumultes politiques et à l’effondrement des structures économiques. Ce chapitre cartographie la trajectoire sinueuse du cinéma en RDC durant quarante ans, une histoire de résilience face à l’adversité. Il s’agit de dépasser le simple constat d’échec pour analyser les stratégies de survie et de création alternatives. L’étudiant forgera une compétence d’historien des industries culturelles en contexte de crise structurelle.
II.1 L’impulsion post-indépendance et le rôle de la RTNC
Dès sa création, la Radiodiffusion-Télévision Nationale Congolaise a servi de pépinière technique pour les premiers cinéastes et techniciens du pays. Bien qu’instrument du pouvoir, elle a permis une première acculturation aux métiers de l’image animée. Ce sous-chapitre analyse cette fonction ambivalente de la télévision d’État, entre outil de propagande et laboratoire de formation. L’étudiant saura évaluer le rôle structurant des médias publics dans l’émergence d’un secteur audiovisuel national, un enjeu toujours actuel à Kinshasa.
II.2 Mwezé Ngangura et la quête d’une reconnaissance internationale
Avec La Vie est Belle (1987), Mwezé Ngangura a opéré une synthèse stratégique entre la rumba congolaise, l’imaginaire kinois et une forme narrative accessible à un public international. Ce film marque une rupture, prouvant la possibilité d’un cinéma congolais à la fois populaire et exportable. L’analyse portera sur les choix de production et de co-production qui ont rendu ce succès possible. L’apprenant saura déconstruire un projet filmique pour en identifier les leviers de financement et de distribution.
II.3 Face aux crises : Le système D et l’émergence de la vidéo populaire
La déliquescence de l’État zaïrois dans les années 90 a anéanti les circuits de production formels, mais a paradoxalement engendré un écosystème de production vidéo informel et très prolifique. Ce segment se penche sur l’économie de ce “théâtre de chez nous”, diffusé sur des supports VHS puis VCD dans les quartiers de Kinshasa. L’étudiant apprendra à analyser les modèles économiques des industries créatives informelles, une compétence cruciale pour comprendre les marchés culturels réels en RDC.
II.4 Une critique des archives : L’absence et la mémoire effacée
L’un des défis majeurs pour l’historien du cinéma congolais est l’extrême rareté des archives filmiques nationales, souvent perdues ou détruites. Cette lacune matérielle impose une refonte méthodologique. Ce sous-chapitre expose les techniques de l’histoire orale et de la recherche dans les archives étrangères pour reconstituer ce passé fragmenté. L’étudiant développera une méthodologie de recherche rigoureuse adaptée aux contextes où les sources primaires sont défaillantes, une compétence transférable à de nombreux domaines.
Chapitre III. Esthétiques et écritures filmiques contemporaines en RDC
La production congolaise actuelle oscille entre deux pôles : un cinéma d’auteur exigeant, souvent destiné aux festivals internationaux, et une production de genre visant le marché local. Ce chapitre tranche ce débat en analysant les forces et les limites de chaque modèle. Il examine comment les cinéastes contemporains négocient les contraintes économiques et les attentes d’un public mondialisé pour inventer des formes singulières. L’étudiant sera apte à produire une critique nuancée des œuvres actuelles, en évaluant leur pertinence artistique et économique.
III.1 Le “réalisme de la misère” : Déconstruction d’un paradigme
Une part significative du cinéma sur la RDC, souvent réalisée par des étrangers ou pour un public occidental, exploite une esthétique de la souffrance et de la guerre. Ce sous-chapitre déconstruit ce paradigme du “réalisme de la misère”, en analysant ses codes visuels et ses implications éthiques. Il s’agit de questionner la représentation de l’Afrique et de ses conflits. L’étudiant forgera un regard critique aiguisé pour identifier et dénoncer les stéréotypes visuels dans la production audiovisuelle.
III.2 Djo Tunda wa Munga et la nouvelle vague kinoise
Le film Viva Riva! (2010) a marqué un tournant en imposant le polar comme un genre viable pour raconter Kinshasa, loin des clichés misérabilistes. Djo Munga a prouvé qu’un cinéma congolais de qualité, techniquement maîtrisé et ancré dans une réalité urbaine complexe, pouvait trouver son public. Ce segment analyse ce film comme un business model et un manifeste esthétique. L’étudiant saura évaluer le potentiel commercial et artistique d’un projet de film de genre en contexte africain.
III.3 L’esthétique du documentaire de création : Dieudo Hamadi
Le travail de Dieudo Hamadi s’écarte radicalement de la fiction pour proposer un cinéma du réel immersif et politique. En filmant de l’intérieur les luttes des citoyens congolais (Maman Colonelle, En route pour le milliard), il invente une forme de documentaire qui donne le pouvoir à la parole des protagonistes. Ce sous-chapitre étudie sa méthode et son éthique de la représentation. L’étudiant apprendra à distinguer les différentes approches du documentaire et à analyser leur portée politique.
III.4 Sous l’angle de la diaspora : Narrations et identités plurielles
Une connaissance approfondie des dynamiques actuelles exige d’analyser les œuvres de la diaspora congolaise, comme celles de Baloji ou de Machérie Ekwa Bahango. Leurs films explorent les thèmes de l’exil, de la double culture et du retour au pays, complexifiant la notion d’identité congolaise. Ce segment examine comment ces récits hybrides enrichissent et questionnent le cinéma national. L’étudiant sera capable d’analyser des œuvres qui se situent à l’intersection de plusieurs cultures et géographies.
PARTIE 2 : Économies, Esthétiques et Écosystèmes du Cinéma Africain Contemporain
Chapitre V. Le Cinéma Congolais : Entre Mémoire Collective et Économie de la Précarité
Le concept de « cinéma de la débrouille », théorisé pour décrire les productions nées dans l’urgence post-conflit, trouve en RDC un terrain d’étude paradigmatique. Ce chapitre analyse comment des cinéastes comme Djo Munga ou Ne Kunda Nlaba transforment la précarité des moyens en une force esthétique pour capter le pouls de la société congolaise. L’analyse se concentre sur la manière dont ces œuvres documentent les tensions sociales et politiques. L’étudiant forgera une compétence critique pour décrypter un film comme un artefact socio-historique complexe.
V.1 Les figures tutélaires et l’héritage de Mwezé Ngangura
Une connaissance approfondie des figures tutélaires est indispensable pour saisir la trajectoire du cinéma congolais. L’étude se focalise sur l’œuvre de Mwezé Ngangura, dont le film La Vie est Belle (1987) constitue une archive socioculturelle de la vie kinoise et de l’âge d’or de la rumba. En analysant la collaboration avec Papa Wemba, l’étudiant apprendra à contextualiser une œuvre dans son écosystème artistique et urbain. Il sera capable d’évaluer l’impact d’un film sur l’imaginaire collectif national.
V.2 La nouvelle vague kinoise et le défi du film de genre
Face aux défis structurels, une nouvelle génération de cinéastes congolais émerge en explorant le film de genre. Le succès international de Viva Riva! (2010) de Djo Munga a démontré la viabilité commerciale du polar ancré dans les réalités de Kinshasa. Ce sous-chapitre décortique les mécanismes de financement (coproductions internationales) et les choix esthétiques qui permettent de toucher un public global. L’apprenant saura analyser le business model d’un film de genre africain et identifier ses facteurs de succès.
V.3 Le documentaire de création : entre regard exogène et réappropriation
Sous l’angle de la restitution du réel, le documentaire en RDC est un champ de bataille symbolique. Ce segment confronte le regard souvent controversé de documentaristes étrangers, comme Thierry Michel, aux œuvres de réalisateurs congolais qui se réapproprient leur propre image, tel Dieudo Hamadi. L’analyse porte sur les stratégies narratives et les enjeux éthiques de la représentation de la violence et de la résilience. L’étudiant forgera des outils pour déconstruire les rapports de pouvoir inhérents à l’acte documentaire.
V.4 L’écosystème de production et la question de la rentabilité
L’écosystème de la production cinématographique à Kinshasa fonctionne selon une logique économique propre, loin des modèles occidentaux. Ce module cartographie la chaîne de valeur locale, des producteurs aux circuits de diffusion informels (les “Bilamba”) en passant par la lutte contre le piratage endémique. L’objectif est de comprendre comment la créativité survit et se monétise dans un environnement de précarité institutionnelle. L’étudiant sera apte à modéliser une chaîne de valeur médiatique dans un contexte non-standardisé.
Chapitre VI. Esthétiques et Formes Narratives Panafricaines
Le modèle narratif aristotélicien en trois actes, hégémonique à Hollywood, s’avère un outil d’analyse réducteur face aux cinématographies africaines. Celles-ci puisent souvent leur structure dans la tradition orale, le conte ou les temporalités cycliques. Ce chapitre déconstruit cette inadéquation épistémologique en examinant les œuvres de Sissako ou de Kaboré. L’étudiant apprendra à identifier et à cartographier des structures narratives non-linéaires, forgeant ainsi une grille d’analyse esthétique adaptée aux spécificités culturelles du continent.
VI.1 La fonction narrative du son et de la musique
Au-delà de sa fonction illustrative, le son dans le cinéma africain agit comme un personnage et un vecteur de sens. Ce sous-chapitre analyse comment les paysages sonores, les silences et les partitions musicales (souvent diégétiques) structurent le récit et commentent l’action, en s’appuyant sur les ambiances sonores des villes comme Kinshasa ou Lubumbashi. L’étude des films de Jean-Pierre Bekolo servira de cas pratique. L’apprenant développera une compétence d’analyse sonore fine, capable de décoder la dramaturgie d’une bande-son.
VI.2 Temporalité, plan-séquence et cinéma contemplatif
L’économie du plan-séquence et du temps long s’oppose radicalement au montage cut des blockbusters. Cette section explore comment des cinéastes comme Abderrahmane Sissako ou Pedro Costa (au Cap-Vert) utilisent la durée pour installer une atmosphère, développer une tension psychologique et imposer un rythme contemplatif qui reflète d’autres conceptions du temps. L’étudiant sera capable d’analyser la relation dialectique entre le rythme du montage et le propos philosophique ou politique d’un film, une compétence essentielle pour la critique.
VI.3 La performance de l’acteur : entre théâtralité et naturalisme
Héritière directe du théâtre-forum et des traditions de la palabre, la direction d’acteurs en Afrique oscille entre un naturalisme brut et une théâtralité codifiée. Ce segment examine ces différentes approches, du jeu sobre des acteurs de Mahamat-Saleh Haroun à la performance expressive issue de traditions comme le Kotéba malien ou le théâtre populaire congolais. L’étudiant saura différencier les écoles de jeu et analyser la pertinence d’une performance par rapport à son contexte culturel et narratif.
VI.4 Sémiotique de la couleur et du symbolisme visuel
Une maîtrise des codes chromatiques et symboliques est cruciale pour interpréter la richesse visuelle de nombreux films africains. L’analyse se concentre sur l’œuvre de Djibril Diop Mambéty, où chaque couleur, chaque objet et chaque cadre est chargé d’une signification symbolique et politique qui dépasse la simple esthétique. En décryptant ces systèmes de signes, l’étudiant forgera une compétence en analyse sémiotique appliquée. Il sera en mesure de lire un film comme un texte visuel complexe et polysémique.
Chapitre VII. Circulation, Diffusion et Réception des Œuvres : Le Cinéma Africain à l’Ère Numérique
L’année 2016 marque une rupture avec le lancement de Netflix en Afrique, bouleversant les circuits de distribution traditionnels. Ce chapitre analyse l’impact des plateformes VOD/SVOD sur la visibilité et la monétisation des cinémas africains, en étudiant les stratégies de Canal+ Olympia ou des initiatives locales. Comment un cinéaste de Goma peut-il atteindre un public global ? L’étudiant y forgera une compétence stratégique : élaborer un plan de distribution multi-canal pour une œuvre congolaise, en optimisant sa rentabilité.
VII.1 Les festivals comme circuit de légitimation et de marché
Pivot stratégique de la reconnaissance internationale, le circuit des festivals constitue un écosystème complexe. Ce sous-chapitre cartographie la typologie des festivals, du FESPACO (Ouagadougou) et des JCC (Carthage) comme vitrines panafricaines, aux grands marchés européens (Cannes, Berlin) comme portes d’entrée vers la distribution mondiale. L’analyse porte sur les stratégies de soumission et de networking. L’étudiant saura élaborer un plan de carrière festivalière pour un film, en ciblant les événements pertinents selon ses objectifs artistiques et commerciaux.
VII.2 La critique cinématographique et la construction du discours
La critique cinématographique en Afrique fait face au défi de construire un discours autonome, non inféodé aux canons esthétiques occidentaux. Cette section étudie l’émergence de revues en ligne, de blogs et de collectifs de critiques qui forgent de nouveaux outils d’analyse pour penser les cinémas du continent depuis le continent. L’enjeu est de passer d’une critique de réception à une critique de proposition. L’apprenant sera capable de rédiger une critique argumentée qui évalue une œuvre selon des critères endogènes.
VII.3 Plateformes SVOD, piratage et nouveaux modèles économiques
Face à la monétisation via les plateformes SVOD, le piratage numérique demeure un obstacle majeur à la rentabilité des œuvres en RDC et ailleurs. Ce module propose une analyse comparative des modèles économiques : de l’abonnement (Netflix, Showmax) à la vidéo à la demande transactionnelle (TVOD) en passant par les solutions basées sur la publicité (AVOD). L’étudiant devra évaluer la pertinence de chaque modèle pour le marché congolais et proposer des stratégies de lutte anti-piratage techniquement viables.
VII.4 Études de réception et sociologie des publics
Une analyse rigoureuse des publics est le parent pauvre des études cinématographiques en Afrique. Qui regarde quoi, où et comment ? Ce segment présente les méthodologies qualitatives et quantitatives pour étudier la réception des films dans des contextes où les données de box-office sont rares ou inexistantes, notamment en menant des enquêtes ciblées à Kinshasa ou Bukavu. L’étudiant apprendra à concevoir et à mener une étude de réception, une compétence précieuse pour les producteurs et les distributeurs.
ANNEXES
A. Filmographie raisonnée du cinéma congolais (1970-2020)
L’émergence d’un cinéma national post-indépendance constitue un jalon historique majeur pour la RDC, documenté par des œuvres fondatrices. Cette annexe propose une analyse critique et contextuelle de films pivots, de “La Vie est Belle” (Ngangura & Lamy, 1987) aux documentaires contemporains, en examinant leurs conditions de production et leur réception. L’objectif est de doter le chercheur d’un corpus de référence solide, lui permettant de tracer des lignées esthétiques et de justifier ses interprétations avec une précision factuelle.
B. Lexique des concepts critiques appliqués
Inspiré par la théorie du ‘Troisième Cinéma’, ce lexique technique déconstruit le vocabulaire de l’analyse filmique pour l’adapter aux spécificités narratives et esthétiques africaines. Chaque entrée, du ‘cinéma-griot’ à la ‘poétique de la débrouille’, est systématiquement illustrée par une séquence précise d’un film congolais, transformant l’abstraction théorique en outil d’investigation concret. L’analyste y acquiert la maîtrise chirurgicale du jargon critique, lui permettant de nommer et de disséquer avec rigueur les procédés stylistiques propres aux cinéastes du bassin du Congo.
C. Guide pratique de soumission aux festivals panafricains (FESPACO, JCC)
Face à la complexité des circuits de diffusion, la visibilité internationale d’une œuvre dépend d’une stratégie de soumission rigoureuse. Cet outil pragmatique détaille les procédures techniques pour les grands marchés du film africains comme le FESPACO ou les JCC, en se focalisant sur les écueils courants pour les productions congolaises. Le futur programmateur ou cinéaste forgera ici une compétence administrative et stratégique : constituer un dossier de presse percutant, négocier les droits de diffusion et positionner un film pour maximiser ses chances de sélection.
D. Cartographie des acteurs de l’écosystème audiovisuel en RDC
Une connaissance approfondie des dynamiques institutionnelles et économiques est un prérequis à toute action dans le secteur audiovisuel congolais. Cette cartographie fournit un répertoire qualifié et actualisé des maisons de production, des diffuseurs, des agences de coopération et des structures étatiques opérant en RDC, analysant leurs mandats et leurs interactions. Le chercheur ou le porteur de projet développe ainsi une intelligence économique du terrain, lui permettant d’identifier des partenaires stratégiques et de cibler des sources de financement.
Comment le cinéma congolais post-indépendance a-t-il négocié l’héritage de la ‘bibliothèque coloniale’ pour forger une nouvelle grammaire visuelle nationale ?
📚 Source :Travaux de V.Y. Mudimbe sur la bibliothèque coloniale via Cairn.info
En quoi la typologie du ‘Tiers Cinéma’ de Teshome Gabriel reste-t-elle un paradigme pertinent pour analyser les cycles de production cinématographique africaine ?
📚 Source :Travaux de Teshome H. Gabriel sur le Third Cinema via JSTOR
Comment la fonction de ‘miroir social’ du cinéma de Sembène Ousmane, analysée par Manthia Diawara, informe-t-elle les dilemmes esthético-politiques contemporains ?
📚 Source :Travaux de Manthia Diawara sur Sembène Ousmane via Google Scholar
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