Couverture du manuel scolaire d’Éducation Physique et Sportive, Seconde A, Tronc Commun, programme du Cameroun.

ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE

Niveau : Seconde A — TRONC COMMUN

Curriculum Officiel – Approche par Compétences (APC) – MINEDUB / MINESEC Cameroun.

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PRÉLIMINAIRES

I. Le Corps, Premier Territoire de la Performance

L’Éducation Physique et Sportive en classe de Seconde cesse d’être une simple récréation pour devenir un laboratoire. Le corps de l’élève est l’instrument premier, un capital à comprendre, à développer et à optimiser. Chaque séance transforme le potentiel brut en performance mesurable, que ce soit en secondes, en mètres ou en points. Il s’agit de construire un athlète conscient de ses leviers de puissance, de sa coordination et de ses limites.
L’ambition de ce programme est de faire basculer l’élève d’une pratique instinctive à une exécution réfléchie. En analysant ses propres mouvements et ceux des autres, il découvre les lois physiques et biologiques qui régissent la performance. Cette démarche analytique scelle la conscience de son potentiel physique comme un atout personnel et collectif.

II. De l’Instinct au Geste Technique

La différence entre courir pour fuir la pluie à Bafoussam et sprinter sur une piste d’athlétisme réside dans la technique. Le geste sportif efficace est une construction intentionnelle. Il décompose un mouvement naturel en une séquence optimisée de postures, d’impulsions et de placements. Ce manuel établit les fondations de cette grammaire corporelle pour les disciplines fondamentales.
Le pivot didactique ici est la démonstration et la répétition corrigée. L’enseignant isole chaque composante d’un geste technique (l’armé du bras au lancer, la flexion des genoux au saut) pour le faire assimiler. La compétence fondamentale développée est la dissociation entre l’effort brut et l’efficience technique.

III. S’Adapter au Terrain : La Réalité Camerounaise

La performance sportive est conditionnée par l’environnement. Un 100 mètres couru sous la chaleur sèche de Garoua exige une gestion de l’effort différente de la même course dans l’air lourd et humide de Douala. Les terrains en terre battue, les plateaux de béton et les rares pistes en tartan de nos cités capitales comme Yaoundé sont les contextes réels de la pratique. Le programme intègre ces variables comme des données stratégiques.
Par l’étude de cas concrets, l’enseignant pousse les élèves à ajuster leur préparation et leur stratégie en fonction du climat, de l’altitude ou de la surface de jeu. Cette analyse ancre la capacité d’adaptation de l’élève à son environnement de pratique immédiat.

Chapitre I. La Course de Vitesse : Dompter le Chronomètre

I.1. Le Défi de l’Explosion Initiale

Le coup de pistolet retentit. Les premiers trois pas déterminent 60% du résultat d’un 100 mètres. Cette phase initiale est une question de pure explosivité, une conversion instantanée de l’énergie potentielle en énergie cinétique. Le corps, gainé et ramassé dans les starting-blocks, doit jaillir comme un ressort.
L’axe pédagogique se concentre sur la décomposition du départ en trois phases : “À vos marques”, “Prêts”, “Partez”. Le travail sur la pression des pieds sur les blocs et l’angle de poussée est primordial. L’élève s’approprie ainsi la maîtrise de la poussée explosive depuis une position statique.

I.2. L’Anatomie de la Foulée Parfaite

La vitesse maximale est le fruit d’une mécanique corporelle rigoureuse. Le buste droit garantit la transmission de la force. Le mouvement pendulaire des bras équilibre et propulse le corps. Le cycle de jambes, avec une montée de genou haute et une griffe active au sol, produit la propulsion horizontale. Chaque élément est une pièce du puzzle de la vélocité.
En s’appuyant sur des démonstrations et des exercices de “gammes athlétiques” (montées de genoux, talons-fesses), le travail consiste à corriger la posture globale de l’élève en pleine course. Cette phase consolide la connaissance des principes biomécaniques fondamentaux de la course de vitesse.

I.3. Le Calibrage du Rythme sur la Distance

Sprinter, c’est maintenir un effort quasi maximal sur une durée brève. La tentation est de se crisper ou de perdre sa technique à mi-parcours. La gestion de la course consiste à atteindre sa vitesse de pointe et à la conserver avec le plus de relâchement possible jusqu’à la ligne d’arrivée.
Cette séquence pratique utilise des ateliers de course lancée sur 30 à 50 mètres pour travailler spécifiquement le maintien de la vitesse. Le focus est mis sur la respiration et le relâchement du haut du corps. Le savoir-faire forgé ici est la capacité à maintenir une vitesse maximale sur une distance définie.

I.4. La Synthèse sur la Piste de Cendrée

L’épreuve finale est la course complète, face au chronomètre et aux autres. C’est l’instant où le départ explosif, la foulée technique et la gestion du rythme fusionnent en une seule action fluide de 10 à 15 secondes. La performance devient la preuve tangible de l’intégration des savoirs.
L’épreuve chronométrée, réalisée en séries, sert de synthèse finale. L’enseignant évalue la capacité de l’élève à enchaîner correctement les différentes phases de la course en situation de compétition. L’élève démontre ici la compétence d’exécuter une course de vitesse complète et techniquement juste.

Chapitre II. Le Basket-ball : L’Intelligence Collective en Action

II.1. Le Terrain comme Échiquier

Un terrain de basket-ball est un espace codifié de 28 mètres sur 15. Chaque ligne, chaque zone a une signification tactique. Comprendre cet espace, c’est la première étape pour passer du statut de joueur à celui de stratège. Les postes (meneur, ailier, pivot) ne sont pas des positions fixes mais des rôles avec des responsabilités précises, comme on en observe dans les équipes dynamiques de Yaoundé.
Le premier objectif est de faire lire le terrain. À travers des exercices de placement et de déplacement sans ballon, l’enseignant fait identifier les zones clés (raquette, ligne à 3 points, postes hauts et bas). L’élève acquiert la lecture stratégique de l’espace de jeu.

II.2. Le Lexique du Dribble et de la Passe

Le ballon est le prolongement de la main du joueur. Le dribble bas protège la balle, le dribble de progression couvre le terrain. La passe à terre franchit une défense resserrée, la passe à deux mains au niveau de la poitrine est rapide et précise. Maîtriser ce vocabulaire gestuel est non négociable pour construire une action collective.
À travers des exercices répétitifs en binômes et en petits groupes (circuits de dribble, passes en mouvement), l’enseignant automatise ces gestes fondamentaux. Cette phase permet à l’élève d’intégrer le vocabulaire gestuel de base du maniement de balle.

II.3. Construire l’Attaque, Verrouiller la Défense

Une attaque réussie est rarement le fruit du hasard. Elle repose sur des schémas simples comme le “donne et va” (give-and-go) pour créer des espaces. En défense, la posture fléchie et le déplacement en pas chassés permettent de contenir son adversaire direct et de protéger le panier. L’effort devient coordonné.
Cette phase introduit les premiers schémas tactiques simples en situation de surnombre (2c1, 3c2). Le but est de faire appliquer une consigne collective pour marquer un panier ou empêcher l’adversaire de le faire. Le savoir-faire développé est l’application d’une consigne collective simple en attaque et en défense.

II.4. Le Match : Orchestrer la Séquence de Jeu

Le match en 5 contre 5 est le moment où la lecture du jeu, la technique individuelle et les schémas tactiques doivent s’harmoniser en temps réel. Il s’agit de prendre la bonne information, de faire le bon choix (tirer, passer, dribbler) et de l’exécuter correctement sous la pression de l’adversaire et du temps.
Le jeu à thème (ex: marquer uniquement après 3 passes) et le match dirigé permettent d’évaluer la mise en œuvre des acquis dans une situation complexe. L’enseignant observe la prise de décision. La compétence finale visée est la participation active et constructive à une opposition collective réglementée.

Chapitre III. Le Saut en Longueur : Canaliser la Force Horizontale

III.1. L’Impulsion, Point de Bascule

Le saut en longueur est un art de la transformation. Il s’agit de convertir une course d’élan horizontale en une trajectoire aérienne la plus longue possible. Le point critique est la planche d’appel : un pied doit frapper la planche avec précision et puissance pour propulser le centre de gravité vers le haut et l’avant.
L’enjeu pédagogique est de synchroniser la fin de la course d’élan avec l’impulsion. Des exercices avec des marques au sol et des sauts sans élan permettent d’isoler la sensation de “blocage-poussée”. L’élève s’approprie ainsi la coordination entre la course et l’appel sur un pied.

III.2. La Science de la Suspension

Une fois en l’air, le corps n’est plus soumis qu’à la gravité. La technique de suspension (en ciseau, en extension) a pour unique but de maintenir l’équilibre et de préparer la réception. Le regroupement des jambes vers l’avant juste avant l’impact retarde le contact des pieds avec le sable, optimisant la distance mesurée.
En utilisant des sauts sur des plans surélevés (plinth), l’enseignant fait travailler la phase aérienne. Le focus est mis sur le gainage du tronc et le mouvement des jambes pour éviter une chute prématurée. Cette phase consolide la connaissance des actions à mener durant la suspension pour optimiser le vol.

III.3. La Précision de la Course d’Élan

Une course d’élan réussie est régulière, rythmée et calibrée. L’athlète doit arriver sur la planche d’appel à sa vitesse maximale, sans ralentir et sans la “mordre”. Cela exige de définir un nombre de foulées précis et de les reproduire à l’identique à chaque essai, une compétence visible chez les athlètes s’entraînant au stade de la Réunification à Douala.
Le travail consiste à faire mesurer et marquer la course d’élan personnelle de chaque élève (entre 12 et 16 foulées). Des répétitions permettent d’automatiser ce rythme. Le savoir-faire forgé ici est la capacité à réaliser une course d’élan régulière et précise.

III.4. L’Alchimie du Saut Complet

Du premier pas de la course d’élan à la marque laissée dans le sable de la fosse de réception, le saut en longueur est une chaîne d’actions ininterrompue. La performance finale est la somme de la vitesse de la course, de la puissance de l’impulsion, de l’équilibre en vol et de l’intelligence de la réception.
La situation d’évaluation se déroule sous la forme d’un concours, avec un nombre d’essais défini. L’enseignant mesure la performance tout en évaluant la validité technique de chaque phase du saut. L’élève démontre ici la compétence d’intégrer les différentes phases pour réaliser un saut en longueur réglementaire et performant.

Chapitre IV. Santé et Préparation Physique : Le Moteur Interne

IV.1. L’Échauffement, Clé de la Prévention

Démarrer une activité physique intense sans préparation, c’est comme lancer un moteur à froid à plein régime. L’échauffement a un double rôle : augmenter la température du corps et des muscles pour les rendre plus élastiques, et préparer le système nerveux à l’effort. C’est une routine non négociable, surtout dans le climat frais des hauts plateaux de l’Ouest à Bamenda.
L’objectif est de faire construire et mémoriser une routine d’échauffement complète et autonome : une partie cardio-vasculaire (footing léger), une partie de mobilisation articulaire et une partie d’étirements activo-dynamiques. L’élève acquiert la capacité de mener un échauffement adapté à l’activité qui va suivre.

IV.2. L’Énergie dans l’Assiette Camerounaise

La performance sportive se nourrit. Les tubercules comme l’igname ou le macabo fournissent les glucides lents, carburant de l’endurance. Le plantain mûr offre une énergie plus rapide. Une bonne hydratation est vitale pour compenser la sudation, particulièrement dans les régions du Nord. Le corps performant est un corps bien alimenté.
En s’appuyant sur les habitudes alimentaires locales, l’enseignant établit le lien direct entre type d’aliment et type d’effort. Il s’agit de donner des repères simples sur quoi manger avant et après une séance d’EPS. Cette phase consolide la connaissance des principes de base de la nutrition du sportif.

IV.3. Le Gainage : La Fondation de la Puissance

La force ne vient pas seulement des bras ou des jambes, mais du centre du corps. Le gainage (la “planche” et ses variantes) renforce la ceinture abdominale et lombaire. Ce corset musculaire naturel assure la transmission des forces entre le haut et le bas du corps, protège la colonne vertébrale et améliore la posture.
Cette séquence pratique est basée sur des ateliers de renforcement musculaire au poids du corps. L’enseignant insiste sur la qualité de la posture durant les exercices de gainage. Le savoir-faire développé est la réalisation correcte des exercices fondamentaux de renforcement du tronc.

IV.4. La Récupération, Phase Invisible de la Progression

Le progrès ne se fait pas pendant l’effort, mais pendant la récupération qui suit. C’est durant cette phase que le corps se répare et se renforce. Un sommeil de qualité et des étirements légers post-effort accélèrent ce processus et préviennent les courbatures et les blessures.
L’enseignant dédie la fin de chaque séance à un retour au calme structuré, incluant des étirements passifs et des exercices de respiration. Il s’agit de faire comprendre que cette phase fait partie intégrante de l’entraînement. La compétence finale forgée ici est l’intégration des routines de récupération dans sa pratique sportive personnelle.

ANNEXES

A. Lexique des Gestes Techniques

  • Armé : Phase préparatoire d’un lancer ou d’une frappe où le segment corporel est placé en arrière pour emmagasiner de l’énergie.
  • Dribble de protection : Dribble bas et proche du corps, effectué avec le corps en opposition entre le ballon et le défenseur.
  • Foulée griffée : Action du pied en course de vitesse qui consiste à attaquer le sol de haut en bas et d’avant en arrière pour maximiser la propulsion.
  • Gainage : Contraction isométrique des muscles du tronc (abdominaux, lombaires) pour stabiliser le corps.
  • Pas chassés : Déplacement latéral défensif où les pieds ne se croisent jamais, permettant de rester face à l’attaquant.

B. Principes de Nutrition de l’Athlète Scolaire Camerounais

  • Carburant d’endurance (2-3h avant l’effort) : Repas à base de tubercules (igname, manioc, macabo), riz, maïs. Source de glucides complexes à diffusion lente.
  • Coup de fouet (1h avant l’effort) : Fruit comme la banane, du plantain mûr, une poignée d’arachides. Source de glucides rapides et de nutriments.
  • Hydratation : Boire de l’eau en petites quantités avant, pendant et surtout après l’effort. La couleur des urines est un indicateur : claire, c’est bon ; foncée, il faut boire.
  • Reconstruction (après l’effort) : Un repas complet incluant une source de protéines (poisson, haricots, viande) pour réparer les fibres musculaires, et des glucides pour refaire les stocks d’énergie.
De la Théorie à la Pratique : Les Défis de l’EPS au Cameroun
► Comment enseigner efficacement l’EPS, par exemple le saut en hauteur, quand mon établissement ne dispose d’aucun matériel spécifique comme des tapis de réception ou des barres ?
L’Approche Par les Compétences (APC) nous encourage à être ingénieux. En l’absence de tapis de saut, une fosse remplie de sable ou de copeaux de bois peut servir de zone de réception sécurisée. Pour la barre, une perche de bambou ou une corde tendue entre deux poteaux peut faire l’affaire. L’objectif n’est pas la performance olympique mais l’acquisition de la compétence : coordonner sa course d’élan, son impulsion et son franchissement. Cette adaptation est courante dans les zones rurales des régions de l’Est ou du Sud-Ouest. L’évaluation portera sur la maîtrise des gestes techniques fondamentaux et la capacité de l’élève à s’adapter, pas sur la hauteur franchie.
► Les programmes nationaux d’EPS semblent parfois déconnectés des réalités culturelles. Comment puis-je intégrer des jeux traditionnels ou des activités adaptées à ma région, comme la lutte dans le Nord ?
L’APC prône justement la contextualisation des apprentissages. Vous êtes encouragé à intégrer des pratiques locales pertinentes. Par exemple, dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord, la lutte traditionnelle peut être une excellente activité pour développer la force, l’équilibre et le respect de l’adversaire. Sur le littoral, des courses de pirogues (même simulées à sec) peuvent travailler la coordination et l’endurance. L’essentiel est d’analyser l’activité locale pour identifier les compétences qu’elle permet de développer (motrices, sociales) et de les aligner sur les objectifs du programme officiel. Cela rend l’apprentissage plus significatif pour les élèves et valorise leur patrimoine culturel.
► Je dois gérer une classe de 80 élèves dans une cour d’école exiguë. Comment organiser une séance d’EPS sécurisée et participative pour tous dans ces conditions ?
La gestion des grands effectifs est un défi majeur, notamment dans les métropoles comme Douala et Yaoundé. La solution réside dans l’organisation en ateliers. Divisez la classe en 4 ou 5 sous-groupes et préparez autant d’activités différentes mais liées à la leçon du jour. Les élèves tournent sur les ateliers toutes les 10-15 minutes. Cela maximise l’engagement, réduit les temps d’attente et permet d’utiliser l’espace plus efficacement. Vous pouvez nommer des chefs de groupe pour superviser chaque atelier, développant ainsi leur leadership. Cette méthode, conforme à l’APC, favorise l’autonomie et un temps d’engagement moteur élevé pour chaque élève.
► Dans ma localité de la région de l’Extrême-Nord, je fais face à des réticences culturelles, notamment pour la participation des jeunes filles aux activités sportives. Quelles stratégies puis-je adopter ?
Cette situation demande une approche pédagogique et communautaire. Sur le plan pédagogique, proposez des activités en groupes non-mixtes au début pour créer un environnement sécurisant. Privilégiez des sports collectifs sans contact direct ou des activités d’expression corporelle. Parallèlement, organisez des séances de sensibilisation avec les parents et les leaders communautaires pour expliquer les bienfaits de l’EPS sur la santé, la socialisation et la confiance en soi des jeunes filles. Mettre en avant des rôles modèles sportifs féminins camerounais peut également aider à changer les mentalités et à démontrer que le sport est un formidable outil d’émancipation et de développement personnel.

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